Dans une petite ville américaine banale, plusieurs accidents
dramatiques ont lieu autour de 11:14 PM. Tout commence, ou plutôt
finit par celui d'un jeune homme ivre, qui renverse une personne sur
la route. Affolé, il cherche à faire disparaître le corps,
l'enferme dans son coffre. Mais survient un policier, Hannagan (Clark
Gregg), qui découvre le mort. Il arrête l'individu qui parvient à
s'enfuir. Tandis qu'il se lance à sa poursuite, les deux suspects
qu'il venait d'arrêter, Duffy (Shawn Hatosy) et Buzzy (Hilary Swank)
en profitent pour se faire la belle. Quelques minutes plus tôt, non
loin de là, Frank (Patrick Swayze) découvrait le jeune Aaron (Blake
Heron), la tête fracassée. Il s'empressait de cacher le corps,
croyant que sa fille Cheri (Rachael Leigh Cook) soit l'auteur du
meurtre...
A première vue, cette histoire à tiroirs qui s'imbriquent les uns
dans les autres évoque les récentes réussites de Christopher Nolan
("Memento") ou de Alejandro
González Iñárritu ("Amours chiennes" et "21
Grammes"). Cependant la comparaison s'arrête là, car
l'ambition de Greg Marks est infiniment moins grande que celle de ses
collègues. Il tricote avec brio, rythme, un scénario habilement
construit, mais qui se contente de placer, dans un ordre inverse ou
aléatoire, des événements simples qui, racontés de manière
chronologique, ne présenteraient qu'un intérêt minimal. Le sujet en
lui-même n'est pas particulièrement original, piochant dans le
macabre de "Petits meurtres
entre amis" ou de "Fargo".
Il nous livre un exercice pratique dans lequel les personnages sont
tous aussi noirs que la nuit durant laquelle se déroule ce cortège
de coups de dés macabres. Inconscience, envie, jalousie, orgueil,
mensonge, trahison, manipulation, lâcheté... C'est un véritable
déluge de perfidies qui s'accumulent en un temps record, fournissant
une vertigineuse illustration de ce que peut donner la loi du karma
(action - réaction). Les acteurs sont tous suffisamment convaincants
pour que l'ensemble ne tombe pas trop dans l'exercice de style. Ils ne
manquent pas de mérite, d'ailleurs, car la plupart des personnalités
sont réduites à la plus simple expression qui soit : des robots
décervelés agissant sous une impulsion animale instinctive. La
sécheresse générale contribue à l'efficacité de l'histoire et
traduit de manière juste l'urgence de chaque plan. Cela dit, c'est
tout de même une impression de superficialité virtuose qui
prédomine à la sortie de cette tragique pantomime.