Minuit. Jour des élections primaires de Californie. Le Sénateur David
Palmer (Dennis Haysbert), un Noir, représentant des Démocrates, a de
bonnes chances, s'il gagne l'état, de devenir six mois plus tard le
premier Président des Etats-Unis qui ne soit pas blanc. Sa femme,
Sherry (Penny Johnson) le soutient activement. Mais la cellule
antiterroriste de Los Angeles, dirigée par Jack Bauer (Kiefer
Sutherland) reçoit une information capitale : un attentat se prépare
contre le Sénateur et, comble de malheur, l'un des membres de la
cellule est probablement une taupe de l'ennemi. Jack, secondé par Nina
Myers (Sarah Clarke), qui a été un temps sa maîtresse, et par Tony
Almeida (Carlos Bernard), commencent une enquête d'autant plus
difficile que, parallèlement, la fille de Jack, Kim (Elisha Cuthbert) a
disparu...
Quel typhon ! Quand on pense que certains scénaristes sont payés des
centaines de millions de dollars pour pondre des niaiseries qui
tiennent sur une feuille de papier à cigarette, on ne peut que
s'incliner avec une admiration infinie devant cette merveille qui, d'un
seul coup, envoie quatre vingt quinze pour cent des films policiers au
tapis, avec K.O. intégral ! Certes, la construction de ce drame en
temps réel est déjà une idée remarquable, même si d'autres précédents
existent, par exemple le "Meurtre
en suspens" de John Badham. Mais elle ne saurait bien
évidemment suffire. Aucun souci de ce côté ! Je ne sais quel a été le
nombre de cerveaux qui se sont penchés sur la conception de cette
histoire dédalesque, toujours est-il qu'ils ont donné naissance à un
concentré de dynamite émotionnelle, dramatique, absolument stupéfiant
d'efficacité.
Lorsque le spectateur entre dans la première demi-heure de ce volcan,
il lui est quasiment impossible de fuir cette course contre la montre
aussi imaginative qu'implacablement rythmée. La construction narrative
est primaire, puisqu'elle suit une chronologie implacable liée au
déroulement de la journée, mais la maîtrise temporelle des différentes
composantes, alliée à une suite de rebondissements dont la
vraisemblance, l'originalité et la logique sont quelques unes des
nombreuses qualités, transcende cette apparente simplicité. Tous les
personnages importants, et ils sont diablement nombreux !, possèdent
une consistance réelle. Les tourments qu'ils vivent, les doutes, les
terreurs, les compromissions, les jalousies, les peurs, ne sont jamais
de simples lignes sur un feuillet dactylographié. Ils les vivent avec
une intensité qui nous les rend d'autant plus proches que leurs
détresses nous sont livrées avec suffisamment de dépouillement pour que
chacun puisse s'y sentir impliqué et suffisamment d'intimité, de
puissance, pour nous bouleverser profondément. Sens de l'honneur (ah,
si tous les Présidents Américains avaient la droiture de David
Palmer...), courage devant l'adversité, mais aussi lâchetés, chantages,
coups bas, tout y passe, mais avec quelle maestria ! Du plus petit au
plus grand, de Rick à Bauer, en passant par Palmer et sa famille
déchirée, Nina, Teri, Kim, Jamey..., pas un ne nous demeure indifférent
et c'est là une réussite majeure supplémentaire dans cette série (ou
film de 16 heures si l'on préfère) qui demeure pourtant, avant tout, un
diabolique montage de suspense hypervitaminé.
Un seul mot suffit à résumer l'oeuvre : "génialissime"... Mais devrait
être formellement déconseillée aux cardiaques !