Tandis que Léo Vrinks (Daniel Auteuil), responsable de la BRI
(Brigade de recherche & d'intervention), fête avec ses hommes, de
manière agitée, la mutation de son collègue et ami, Eddy Valence
(Daniel Duval), un gang attaque, pour la septième fois, un fourgon de
transports de fonds. Le Directeur Général, Robert Mancini (André
Dussollier), qui doit prendre sa retraite prochainement, et compte
voir Léo lui succéder, donne à ce dernier la responsabilité de
l'anéantissement rapide des truands. Cela ne réjouit guère Denis
Klein (Gérard Depardieu), chef de la BRB (Brigade de répression du
banditisme), qui se voit, sur ce coup-là, relégué en seconde ligne.
La planque des braqueurs est localisée. N'obéissant pas à un ordre
de Vrinks, Denis agit seul et provoque, indirectement, la mort d'Eddy.
Léo, furieux, témoigne contre lui lors de la commission
d'enquête...
Le temps a bien changé depuis 1947, où Louis Jouvet, dans la peau de
l'inspecteur Antoine, brillait dans le "Quai des orfèvres"
de H. Georges Clouzot. Plus récemment, la rivalité entre
différentes composantes de la police a donné lieu, en 1979, à un
intéressant face à face entre Claude Rich et Claude Brasseur, dans
"la guerre des polices" de Robin Davis.
Réalisé par un ancien membre des brigades antiterroristes, ce film
reflète sans doute, avec fidélité, l'aspect technique des
opérations, ainsi que les dissensions et jalousies internes qui
gangrènent la police. L'intrigue de base (la série des braquages et
l'élimination du gang) se voit d'ailleurs assez vite rangée sur une
voie de garage, pour ne plus figurer qu'en filigrane jusqu'à la
scène finale. C'est alors le drame inter-humain qui prend le relais,
zébré de passages courts, jamais gratuits, où la violence externe
se déchaîne. Les relations difficiles entre un Léo Vrinks, dont on
devine la passion contenue, le bouillonnement intérieur, et un Denis
Klein, rongé par une rancœur complexe, qui tient de la momie
vindicative, ne laisse pas indifférent, mais paraissent tout de même
étrangement lointaines, presque abstraites. Peut-être parce que l'on
ignore tout de ces deux ennemis intimes, qui nous sont présentés,
dans l'instant présent, comme vierges de passé. On les voit
(sur)vivre, agir de diverses façons, se jalouser dans l'ombre. Mais
c'est bien rarement qu'ils existent en tant qu'êtres proches, dont on
aimerait partager les doutes, les erreurs, les souffrances. Peut-être
aussi ce voile qui les enveloppe naît-il du fait que les deux
"monstres" acteurs phagocytent les personnages, dont
l'intensité existentielle n'est pas suffisamment exaltée, empêchant
leur trop faible caractérisation de nous émouvoir profondément. Les
événements, tout comme les actions des protagonistes, sont livrés
sans fioritures, de manière brute, assez froide, et ce dépouillement
extrême, s'il a le mérite de ne pas tomber dans le larmoyant, ne
facilite pas non plus l'implication affective du spectateur dans la
tragédie vécue. C'est d'autant plus regrettable, que le film se veut
au moins autant une œuvre psychologique qu'un récit policier.
L'ensemble est intéressant, présente un équilibre judicieux entre
action extérieure et antagonismes intérieurs, a le mérite de nous
faire pénétrer dans les coulisses mystérieuses de cette soi-disant
"grande famille", pourtant il est bien difficile d'arriver
à oublier que nous sommes dans un scénario habile, joué
excellemment par des acteurs célèbres. Grâce aux noms de l'affiche,
le film aura sans doute une belle carrière. Il me semble cependant
que, dans l'absolu, c'est le genre d'œuvre qui (à l'instar de
"L.627" de Bertrand Tavernier), aurait gagné,
qualitativement, à être portée par des interprètes moins connus.
A noter aussi que la musique, omniprésente, et, intrinsèquement
agréable, se montre, dans nombre de séquences, aussi inutile
qu'usante.
> Le film sur IMDB.com