Joseph
Turner (Robert Redford) travaille à la Société d'histoire littéraire
américaine. En fait, ce petit service de huit personnes, dépendant
directement de la C.I.A., est chargé de lire tout ce qui est publié
dans le monde.Un jour, lorsque Joseph revient dans les locaux, porteur
des déjeuners de ses collègues, il les découvre tous assassinés.
Se sentant traqué, il oblige une jeune femme, Kathy Hale (Faye Dunaway)
à le conduire chez elle. Il prend contact avec le directeur adjoint de
New York, J. Higgins (Cliff Robertson) qui lui promet de lui envoyer un
de ses meilleurs amis, SamBarber (Walter McGinn), afin de lui donner
confiance et de lui permettre de réintégrer la compagnie...
Le plaisir que l'on éprouve à revisionner ce film, devenu un
classique, est avant tout redevable à Robert Redford, alors dans sa
pleine période de gloire, depuis les succès de "Butch Cassidy et le
Kid", "Jeremiah Johnson", "L'arnaque" ou
"Gatsby le magnifique". Plus charismatique que jamais en humble
fonctionnaire propulsé dans un engrenage aussi mortel que sibyllin, il
capte en permanence l'attention et l'intérêt, laissant heureusement
quelques belles miettes à sa partenaire Faye Dunaway. En ce qui
concerne l'intrigue en elle-même, on retrouve les caractéristiques
propres aux oeuvres de Sydney Pollack. C'est-à-dire un mélange de chaud
et de froid. Comme ce sera le cas pour "La Firme", "L'interprète", "Tootsie", "L'ombre d'un soupçon", et même, sur un plan différent, pour "Out of Africa",
nous avons ici u ne histoire a priori passionnante, une tension
distillée avec efficacité, un imbroglio passablement intrigant,
mais il manque cette flamme qui rendrait l'ensemble enthousiasmant, la
gerbe d'étincelles qui pousserait le coeur à battre la chamade, sans
pour autant sombrer dans l'agitation primaire façon Tony Scott. Tout
est très sage, presque policé (un Joubert (Max von Sydow) assez
étonnant), comme aseptisé. Sans doute est-ce l'avalanche de polars
modernes hautement speedés (la trilogie Jason Bourne, par exemple), qui
aujourd'hui donne, plus encore qu'hier, l'impression de visionner un
drame intelligemment construit, mis en scène avec classe, mais dépourvu
de ce piment qui donnerait au plat une saveur exceptionnelle.
Bernard
Sellier