Suzon (Virginie Ledoyen) arrive dans la demeure de ses parents, Marcel
(Dominique Lamure) et Gaby (Catherine Deneuve) pour passer en famille
les fêtes de Noël. Elle y retrouve sa jeune soeur Catherine (Ludivine
Sagnier), sa grand-mère (Danielle Darrieux), sa tante Augustine
(Isabelle Huppert), sa nounou bien-aimée, Chanel (Firmine Richard), une
nouvelle employée de maison, Louise (Emmanuelle Béart) et... son
père, un poignard planté dans le dos ! L'assassin se cacherait-il
parmi elles ?
La base de la pièce, nettement inspiré du "Volpone" de Ben
Johnson, est intelligente et prometteuse. Les crêpages de chignon et
règlements de compte en famille ou en couple ("Un
air de famille", "Qui a peur de Virginia Woolf"...),
donnent souvent naissance à des résultats d'autant plus jouissifs que
ce genre de drame, à l'instar des accidents, n'arrive bien sûr que
chez les autres. Lorsque, cerise sur le gâteau, le film nous offre une
telle "brochette" (quel horrible mot !) d'actrices, que nombre
de réalisateurs souhaiteraient voir défiler dans leurs génériques,
le spectateur ne peut que se lécher les babines. Hélas, les promesses
ne s'élèvent guère au niveau des espérances. Une fois passé le
plaisir de voir entrer en scène chacune de ces représentantes du sexe
dit faible, il est assez difficile de discerner l'intérêt de
l'entreprise. Version luxe d'un épisode de "Au théâtre ce
soir", la réalisation, classique de chez classique, ne nous fait
jamais oublier que nous sommes dans un vaudeville somme toute
conventionnel, qui brille surtout par une avalanche de rebondissements
si excessifs qu'ils en deviennent risibles. Et, bien évidemment, par le
talent des comédiennes. Leurs individualités sont heureusement
croquées de manière vivante, parfois excitante (Augustine livre un
numéro mémorable que l'on peut apprécier ou non, c'est selon le goût
et l'humeur...). Le spectateur, cherchant avec difficulté les
motivations de s'apitoyer ou de s'esbaudir, partagé entre le plaisir du
déballage jouissif de linge sale, et le factice des situations, assis
inconfortablement entre les chaises d'un faux-vrai drame et d'une
vraie-fausse comédie, conclut que c'est l'artificialité du propos qui
remporte en fin de compte la victoire.
Mais surtout, l'insupportable vient de ces interludes chantés
(existent-ils dans la pièce ? Lorsque j'avais assisté à la
représentation théâtrale, ils n'y figuraient pas, Dieu merci !), qui
surviennent comme une mèche de cheveux gras dans le potage. Ils font
ponctuellement verser dans le ridicule absolu les séquences qu'ils sont
censé illuminer. Trois étoiles pour les actrices...