Trois
frères, Francis (Owen Wilson), Peter (Adrien Brody) et Jack (Jason
Schwartzman), se retrouvent dans un train qui parcourt l'Inde, le
"Darjeeling limited". Exception faite de Francis, couvert de bandages
suite à un accident de la circulation, qui semble avoir tout organisé
avec l'aide de son majordome Brendan (Wallace Wolodarsky), les deux
autres hommes ignorent la raison pour laquelle ils ont été conviés à ce
voyage. Ils vont la découvrir peu à peu au cours d'un périple riche en
surprises et péripéties diverses....
Sur le papier, cette histoire ne manque pas d'atouts. Trois frères
hétéroclites, passablement dézingués, se retrouvent dans un univers
original, exotique, pour tenter de retrouver leur équilibre affectif et
le lien qui devrait les unir. Sur l'écran, le résultat laisse plus que
perplexe. Une interrogation majeure vient à l'esprit aussitôt la vision
terminée (et si cette interrogation s'invite, c'est uniquement parce
que l'absence d'enthousiasme laisse une place béante au questionnement
du mental) : quel genre de film a voulu créer le scénariste et
réalisateur Wes Anderson ? Un road movie fraternel et émotionnel ? Si
l'on excepte la belle suite de séquences lors de la disparition de
l'enfant, le reste fait bien pâle figure, la répétitivité des actions
et réactions sent l'artifice à cent lieues, et, pour être franc, il est
quasiment impossible de croire une seconde à cette intrigue
fantaisiste. Alors, une comédie déjantée ? Si l'on sourit quelquefois,
il est bien rare que les zygomatiques soient sollicités au point de
produire une jubilation franche. Un drame psychologique ? Ce serait
faire grand honneur que d'attribuer de tels vocables à cette suite de
saynètes qui voient s'affronter des personnalités dont la maturité
affective se situe au niveau de celle de grands enfants boutonneux. Un
essai de cheminement spirituel ? Ce ne sont pas les ridicules séquences
de la plume qui conforteront cette hypothèse. Quant aux personnages,
entre un Owen Wilson horripilant sous ses bandages, et un Adrien Brody
dont les neurones semblent sous somnifère, ils ne sont guère excitants,
et engendrent à plusieurs reprises une aversion pure et simple. Que
reste-t-il donc ? Quelques somptueux paysages, une photographie superbe,
même si les filtres y sont pour beaucoup, une atmosphère insolite.
C'est vraiment peu et j'avoue avoir une difficulté extrême à comprendre
l'engouement de nombre de critiques envers cette fable aux situations
improbables, habillée d'une psychologie et d'une pseudo spiritualité de
bazar, dont l'immense handicap est d'être beaucoup plus agaçante que
drôle...