Manny (Jon Voight) est considéré comme un
héros à la prison de Stonehaven, en Alaska. Il sort de trois années
d'isolement au bloc, bien décidé à préparer une nouvelle évasion. Le
directeur, Ranken (John P. Ryan), ne demande que cela afin de pouvoir
liquider définitivement son prisonnier. Bien que blessé à la main au
cours d'un combat entre détenus, Manny tente une nouvelle fois sa
chance. Il est suivi, contre son gré, par le champion de boxe, Buck
(Eric Roberts). Les deux hommes fuient par les égouts et montent sur un
train de marchandises. Mais le conducteur, victime d'une crise
cardiaque, ne réussit pas à le stopper avant sa mort. Le train fou
continue sur sa lancée en accélérant progressivement...
L'oeuvre débute comme un thriller violent, gorgé d'aventure et de
suspense. Le tout sur un mode ascétique, épuré, où seul
l'indispensable a droit de cité. En quelques tableaux
succincts, le décor est brossé, le sujet exposé, les personnages
principaux campés. Le mileu carcéral est une sorte de jungle où le
désordre et la folie règnent en maîtres. Ranken est un sadique obsédé
par son pouvoir sur les prisonniers. Manny est un jusqu'au boutiste,
introverti, capable d'affronter l'extrême pour gagner sa liberté,
quelle qu'elle soit. Buck est un jeune chien fou, extraverti, obsédé
par le désir d'atteindre le rayonnement de Manny. Entre ces trois
hommes, ce sera un combat à mort, à l'image des tragédies antiques.
C'est d'ailleurs dans cette direction que se focalise peu à peu le
film, sans pour autant négliger le suspense. Mais celui-ci laisse
graduellement de côté le spectaculaire et le sensationnel pour se
métamorphoser en une quête de l'absolu et une attente fataliste de
l'inéluctable. Pas question de détourner l'attention du spectateur de
la trame fondamentale pour lui faire admirer les magnifiques paysages
où se déroule cette action haletante. L'apocalypse finale est suggérée.
L'image ne serait qu'une illustration factice et superficielle du néant
dans lequel se dirigent les deux adversaires.
Sur un scénario et une psychologie des personnages minimalistes, le
réalisateur parvient à insuffler une puissance exceptionnelle
grâce, principalement, au jeu toujours intense d'Eric Roberts, et
surtout à celui d'un Jon Voight halluciné, qui rend aussi crédible que
violemment présent sa figure de héros exalté, ivre jusqu'à la folie de
liberté, même si celle-ci se réalise dans la mort. La dernière image
avant le générique, où l'on voit le spectre blanc de Manny, debout sur
la locomotive emballée, est, à ce titre, symbolique et dramatiquement
puissante. Le feu intérieur qui brule ces êtres contraste étrangement
avec le décor blanc glacial qui envahit l'écran.
Sobre
et intense.
Le film
sur IMDB