Angela (Elena Perino), fille de Timoteo
(Sergio Castellitto), célèbre chirurgien, est transportée d'urgence à
l'hôpital, après une chute de scooter. Inconsciente et souffrant d'un
traumatisme crânien, elle est opérée d'urgence par un des confrères de
son père, Alfredo (Pietro de Silva). Rongé par l'angoisse, Timoteo
revoit certains événements de son existence. Marié à la belle et blonde
Elsa (Claudia Gerini), il rencontre un jour, à l'occasion d'une panne
de voiture dans un quartier pauvre, une jeune femme, Italia (Penelope
Cruz). Elle n'est ni riche, ni vraiment belle, mais fou de désir pour
elle, il se rend de plus en plus fréquemment dans la masure qu'elle
habite et qui doit prochainement être rasée pour laisser place à des
HLM...
Une histoire de passion folle et destructrice. Une de plus, dira-t-on !
Toute simple, qui plus est, sans les décors exotiques du "Patient anglais", sans
la richesse historique et visuellement somptueuse du "Docteur Jivago".
Un couple banal, qui oscille paisiblement entre l'amitié, les non-dits,
les jardins secrets personnels. Lui, massif, solide en
apparence, est un exemple de réussite professionnelle
brillante, mais le masque qu'il arbore est d'une fragilité dérisoire.
Elle, lisse, raffinée, rigide, se réfugie dans les voyages,
et choisit de fermer les yeux sur ce qui pourrait mettre son couple à
genoux. Et puis survient le dernier membre du trio. Etonnant petit bout
de femme, au visage impassible, habituée à subir les coups du destin,
presque laide, qui, pour une raison connue seulement des coeurs
concernés, fait chavirer la barque vitale du médecin. Piétinant d'un
coup sa maîtrise, sa gravité, sa raison, sa pondération, il devient une
bête qui abuse de plus faible que lui, qui laisse éclater au grand jour
la part d'ombre qui était enfouie sous la carapace de l'homme du monde.
Mais, la première violence passée et acceptée, naît l'amour, ou, tout
au moins, son fantôme clinquant, la passion. C'est vrai, il n'y a là
rien de vraiment original. La vie, la mort, la lâcheté, les mensonges,
tous ces thèmes ont été écrits et filmés des milliers de fois.
Et pourtant, on ressort de cette vision
intensément bouleversés. Pris au piège de cette rétrospective
poignante. Parce qu'il y a, d'abord, à chaque instant de cette oeuvre,
une sincérité évidente, une densité psychologique pénétrante, une
sobriété, une fièvre, une tension et une absence de sollicitation
extrêmes. Rien de plaisant, d'aguicheur dans la peinture de cette
relation, mais la sauvagerie crue, agressive, d'un homme
égoïste. Parce qu'il y a, ensuite, un duo exceptionnel d'acteurs : si
Sergio Castellitto est d'une justesse rare, explorant avec une égale
acuité l'aspect lumière et l'aspect noirceur de sa personnalité, c'est
Penelope Cruz qui crée véritablement un choc majeur. Enlaidie,
maladroite, parfois difficilement reconnaissable, mais le regard
irradié d'un espoir chimérique que l'on devine derrière le masque de
souffrance, elle se montre inoubliable. Et le miracle se produit : une
osmose rare, magique, entre les composantes simples du drame intimiste,
les personnages, les mots, la musique. Tout cet ensemble d'éléments
qui, souvent, se froissent, se télescopent, faisant sombrer la création
dans un magma insipide, voire ridicule et, parfois, rarement, se
confondent, s'unifient, pour transfigurer une histoire prosaïque en une
tragédie déchirante et intemporelle.
Une merveille.
Film sur IMDB