La première guerre du Golfe. Nathaniel Serling
(Denzel Washington) est colonel dans une unité de chars. Au cours d'un
engagement violent avec les forces irakiennes, il fait tirer par erreur
sur un char allié dans lequel se trouvait son ami Boylar (Tim Ransom).
Six mois ont passé. Il est de retour aux Etats-Unis, et tente vainement
d'oublier ce drame dans l'alcool. Le General Hershberg (Michael
Moriarty) le charge de fournir un rapport sur le capitaine Karen Emma
Walden (Meg Ryan), morte au combat, afin que le gouvernement lui
décerne la médaille d'honneur pour action d'éclat. Il commence son
enquête en interrogeant les soldats sauvés par l'intervention du
capitaine, puis les propres hommes de celui-ci, en particulier Ilario
(Matt Damon) et le Sergent Monfriez (Lou Diamond Phillips).
Mais les rapports sur l'attitude de la jeune femme pendant le combat
diffèrent foncièrement...
Lorsque débute le film, avec documents d'époque montrant le
Président Bush père prônant la croisade anti Saddam Hussein, puis avec
l'encouragement drapeautique que prodigue le Colonel Serling à ses
hommes avant l'engagement, on peut légitimement craindre le pire. A
savoir une histoire de sacrifices flamboyants exécutés dans
l'enthousiasme patriotique de la grande justice américaine.
Heureusement, il n'en est rien, et, très rapidement, se révèle la
véritable voie qu'emprunte ce double drame. Celle de la
description sans concession du pouvoir destructeur de la guerre, que ce
soit dans le combat lui-même, ou, ce qui est presque pire encore, dans
les suites traumatisantes qui rongent les corps et les âmes aussi
inéluctablement que le cancer le plus virulent. Par le biais d'un sujet
a-priori sans grand intérêt : un désir gouvernemental de remonter le
moral de la population en encensant l'un de ses morts à la guerre, nous
descendons progressivement dans les abîmes du désespoir et de la
culpabilisation qui consument Serling aussi bien que les hommes du
capitaine Walden. Le titre original du film, "Courage sous le feu",
pourrait se doubler d'un second : "courage devant la vérité". Tout le
sujet du film réside en effet dans la quête d'une rédemption grâce à la
recherche de l'authenticité. Celle des faits, comme c'est le cas pour
le drame qu'ont vécu Walden et ses hommes, mais aussi de l'authenticité
intérieure, la seule issue qui soit capable de tirer Nathaniel hors de
la spirale mortelle de l'auto-destruction. A ce titre, Denzel
Washington se révèle encore, si besoin était, un acteur d'une
profondeur dramatique exceptionnelle dans une une sobriété exemplaire,
et la scène qui le place face aux parents du soldat Boylar est un
moment magnifiquement émouvant.
Ce n'est pas une mince surprise que de découvrir, en capitaine
controversé, une Meg Ryan plus habituée aux rôles de comédie, et à
peine sortie de "Nuits blanches à Seattle" ou autres "French kiss". Son
personnage n'est ici qu'une image disparue, dont la réalité fluctue au
gré du souvenir de chaque interlocuteur, et sa prestation ne détonne
aucunement.
Passionnant.
Bernard
Sellier