Un été au bord de l'Atlantique. Anaïs (Anaïs Reboux) et sa soeur aînée,
Elena (Roxane Mesquida) passent leurs vacances dans une résidence avec
leurs parents (Romain Goupil, Arsinée Khanjian). Les deux adolescentes
font un jour la connaissance de Fernando (Libero De Rienzo), un
étudiant en droit italien. Elena est attirée par lui, et le retrouve la
nuit dans la chambre qu'elle partage avec Anaïs. Mais, sous ses dehors
libérés, elle est tout de même sujette à la crainte...
Entre "Romance X" et "Anatomie de l'enfer",
Catherine Breillat explore les relations difficiles qui s'instaurent
entre deux soeurs apparemment dissemblables physiquement et
psychologiquement. Sans doute y a-t-elle inséré quelques réminiscences
de sa propre enfance (pour l'anecdote, Marie-Hélène Breillat, d'un an
plus âgée que Catherine, était, avec Johanna Shimkus, l'une de mes
grandes idoles dans les années 70...). Comme à son habitude, mais avec
moins de virulence, la réalisatrice explore les troubles générés par
l'amour, ou l'amour-trouble si l'on préfère. Car cette union
physico-spirituelle, qui devrait idéalement faire pénétrer chaque
participant dans le monde de l'extase, n'est jamais, chez elle, simple,
rose, gratifiante ou même envoûtante. Jalousie larvée, attirance,
répulsion, envie, peurs, instants de partage, de connivence, parents
totalement à côté de la plaque, tel est le lot grisâtre de ces
adolescentes, qui n'ont pas encore abordé le noir de l'enfer. Bien que
les deux jeunes actrices soient remarquables de justesse (ce qui n'est
pas le cas des parents, au ton particulièrement emprunté), l'ensemble
demeure, une fois n'est pas coutume, ennuyeux, voire éteint. Outre que
trente pour cent des dialogues (surtout en ce qui concerne Fernando)
sont difficilement captables, de longs plans quasiment vides donnent
une impression fâcheuse de séquences partiellement inhabitées. Et puis,
soudain, (à l'image du finale stupéfiant de "Etrange séduction"), les
cinq dernières minutes explosent, réveillant le spectateur, qui
commençait à s'assoupir, avec une violence scotchante. Même si la
réplique finale d'Anaïs ouvre, avec une logique psychologique
infaillible, un abîme de malaises, la note dominante que l'on conserve
du film est celle d'une apathie rebutante.