Hank Grotowski (Billy Bob Thornton) travaille
dans le quartier des condamnés à mort, comme le faisait son père Buck
(Peter Boyle) et comme le fera son fils Sonny (Heath Ledger), qui
commence déjà, maladroitement, son apprentissage. L'exécution d'un
condamné noir, Tyrell Musgrove, se prépare. Hank, dur et
agressif, ne tolère aucune erreur de son fils, dont la
sensibilité s'accommode bien mal de sa fonction. Pendant ce temps,
Leticia Musgrove (Halle Berry), se prépare à assumer son veuvage et
éprouve bien de la difficulté avec son fils, obèse et apathique...
Le film se divise clairement en deux parties. La première est celle de
l'ombre, de la négativité la plus totale. Les drames s'y succèdent avec
une violence abrupte et sauvage. Les personnages sont en osmose avec
les événements. Hank est, tout comme son père, une brute qui ne connaît
que l'agressivité et la haine. Même Leticia, dont on conçoit le
traumatisme, tandis qu'elle attend l'exécution de son mari, ne
manifeste guère de tendresse envers son fils.
Puis vient la seconde partie du film. Les personnages sensibles et
"faibles" ont disparu. Ne subsistent que les êtres "forts", ou tout au
moins qui se croient tels. Et, tandis que la moitié précédente était
une course à la mort et au néant, qui ne laissait aucun répit au
spectateur, cette seconde moitié va voir émerger, avec lenteur,
timidité, maladresse, une étincelle. Dans le coeur de Hank, totalement
cadenassé à l'origine, une minuscule fêlure va se produire. Et cette
faille va petit à petit s'ouvrir pour laisser émerger, enfin, une lueur
de tendresse qui ressemble à de l'amour.
Billy Bob Thornton est immergé totalement dans ce rôle. Son visage,
déjà naturellement revêche et fermé, est en harmonie totale avec ce
personnage d'homme sans affection qui reproduit, stupidement et
machinalement, le tempérament odieux de son père (excellent Peter
Boyle). Même lorsque s'amorce la petite ouverture qui transmutera sa
vie et ses sentiments, son expression demeure fermée, comme si ce qui
commençait à jaillir au fond de lui n'avait pas encore le droit d'être
extériorisé.
Halle Berry, radieuse de beauté, compose son personnage avec une grande
sensibilité.
Heath Ledger n'a qu'un rôle court. Mais il est assez extraordinaire de
redécouvrir le "Chevalier" expansif et matamore du film homonyme de
Brian Helgeland, dans le personnage sensible et attachant de Sonny.
Comment oublier les quelques mots qu'il adresse à son père avant de
mourir !
Une oeuvre magnifique.
Film sur IMDB