Kurt Gerstein (Ulrich
Tukur) est lieutenant. Il est conjointement spécialiste des
désinfections de l'eau et des locaux.
A ce titre il est envoyé dans les différents camps nazis, la plupart
situés dans les pays de l'est. Un jour, il découvre, horrifié, que
les gaz qu'il fournit aux unités SS servent en réalité à massacrer
des milliers de Juifs. Il tente d'alerter ses proches, les religieux
qu'il connaît, mais sans succès. Un jour, éconduit lors de sa
visite à un dignitaire de l'église, il est écouté par un jeune
Jésuite, Riccardo Fontana (Mathieu Kassovitz) dont le père est un
proche du Pape. Riccardo se rend à Rome, mais se rend vite compte que
son avertissement n'intéresse pas grand monde, bien au contraire...
Costa-Gavras a intégré, dans "Amen" deux niveaux d'étude
et de lecture de l'histoire : collectif et individuel. D'une part, le
drame vécu par le peuple juif. Y est étroitement imbriqué le
traumatisme d'un officier allemand qui a réellement existé.
Cette oeuvre, inspirée de "le Vicaire" de Rolf Hochhuth, a
l'immense intérêt de traiter l'abomination de l'holocauste dans sa
relation avec la religion catholique et le Vatican. C'est un angle
sous lequel cette atrocité a rarement été visionnée. Le film est,
à ce titre, indispensable !
Pour ce qui est du traitement cinématographique, l'appréciation est
plus nuancée. La dénonciation est sans appel et ces assemblées de
prélats rotant confortablement autour de tables somptueusement
garnies ou déambulant avec nonchalance dans de luxueux décors de
cartes postales, en pratiquant allègrement la langue de bois, donnent
la nausée. Claires et glaçantes sont également les explications de
certains haut dignitaires expliquant les raisons pour lesquelles, tout
bien pesé, on peut laisser Hitler agir tranquillement. Après tout,
mieux vaut être débarrassé des communistes que de sauver quelques
dizaines de milliers de Juifs ! On en a froid dans le dos !
Tout cela est tellement évident que le plaidoyer en devient presque
caricatural. L'utilisation abusive de certains procédés répétitifs
(ces trains circulant alternativement vides et emplis d'êtres humains
invisibles, ne contribue pas à relever la subtilité de l'ensemble.
Mais, somme toute, on peut légitimement se demander si la
condamnation d'atrocités a besoin de finesse et d'ellipses pour
marquer les esprits...
Tout aussi passionnant est le parcours individuel de Gerstein, ce
personnage horrifié par ce qu'il découvre, et qui va tout mettre en
oeuvre, remuer ciel et terre, au risque de mettre sa famille en
danger, pour dénoncer ce qu'il a vu. Son attitude, assez ambiguë,
ouvre d'ailleurs un débat psychologique et spirituel fondamental :
lorsque l'on connaît une vérité aussi terrible, doit-on y
participer afin d'être à même de la dénoncer preuves à l'appui,
ou bien s'y refuser totalement, et, donc, être éliminé en perdant
tout moyen d'action ?
Ces deux niveaux de lecture de l'histoire contemporaine sont assez
habilement juxtaposés avec, hélas, un hiatus important qui nuit à
l'intensité et à la profondeur de l'ensemble : le déséquilibre
flagrant entre la composition intense et poignante de Ulrich Tukur,
inconnu en France, et la fadeur chronique de Mathieu Kassovitz, dont
l'appartenance jésuitique et la mission qu'il s'est donnée semblent
difficilement compatibles avec la platitude expressive qu'il
affiche.
Une oeuvre dont l'utilité est une évidence, mais dont on peut
regretter un intellectualisme dominant souvent le coeur et la passion.
Film sur IMDB