Martin Tweed (Hugh Grant) est le
présentateur adulé de l'émission la plus regardée à travers les
Etats-Unis : "American Dreamz", une "Star Academy"
à l'américaine. La nouvelle saison doit commencer et la recherche des
candidats susceptibles de faire exploser l'audience bat son plein. Sally
Kendoo (Mandy Moore), une adolescente de Padookie, dans l'Ohio, est
sélectionnée. Son petit ami, William Williams (Chris Klein) jubile,
mais sa joie est de courte durée, car il se fait larguer sans
ménagements. En Californie, à la suite d'un concours de circonstances
inattendu, le jeune Omer Obeidi (Sam Golzari), récemment arrivé d'un
camp d'entraînement terroriste en Afghanistan, est lui aussi choisi, à
la place de son cousin Iqbal Riza (Tony Yalda). Grande nouvelle : c'est
le Président en personne, Joseph Staton (Dennis Quaid), qui sera le
juge suprême de la finale...
Les Américains n'ont peut-être pas la chance de posséder des
"Guignols de l'Info", ce qui ne les empêche pas de se moquer
joyeusement de leurs émissions télévisées, de leurs multinationales
empoisonneuses, et de leur Président en exercice. Mais, paradoxalement,
les satires, même assaisonnées d'une bonne dose de vitriol, conservent
une étrange saveur douceâtre, comme si les dérives dénoncées, les
incompétences majeures, les aberrations gouvernementales, n'avaient
finalement pas une si grande importance que ça. "Thank
you for smoking", sorti récemment, se montrait cinglant,
âpre, tout en enveloppant son message dans un coffret tellement
jubilatoire qu'il en rendait le contenu presque aseptisé. Nous sommes
ici dans le même cas de figure. Martin Tweed est un salaud, dont le
sadisme oral semble directement inspiré de notre consternante Laurence
Boccolini. Le commentaire qu'il adresse à l'un des candidats pourrait
sans peine jaillir de la bouche venimeuse de la présentatrice
sus-nommée : "Tu es un virus Ebola musical"... Mais en fin de
compte il est un tendre salaud, parfois même pitoyable, lorsque son
sourire Gibbs s'efface, pour laisser émerger les failles de son être.
Le Président est un imbécile de première grandeur, ignorant, dopé
par sa femme aux pilules du bonheur, et persuadé que c'est le Seigneur
qui l'a installé à la Maison Blanche. Il passe son temps au lit et se
fait dicter les rares paroles qu'il prononce en public par son
conseiller (campé magistralement par un Willem Dafoe vieilli).
Pourtant, il est impossible de lui tenir rigueur de sa connerie, tant il
fait pitié, empêtré dans son incompétence crasse, englué dans sa
maladresse congénitale. Le rêve américain, suffisamment éblouissant
pour métamorphoser des êtres fragiles en rouleaux compresseurs, pour
jouer avec les sentiments authentiques, histoire d'accroître l'audimat,
est aussi capable de sauver un pauvre bougre embrigadé par de vilains
terroristes.
Bref, la conclusion que l'on peut tirer de cette édifiante histoire,
est que : "tout le monde il est pas beau, tout le monde il est pas
gentil, mais ça peut s'arranger pourvu que la Force soit avec
nous"... Reconnaissons cependant que le réalisateur de
"American Pie" nous convie à un spectacle piquant, gentiment
provocateur, et ose un dénouement, certes en partie prévisible, mais
relativement grinçant. Joseph Staton demeure toujours aussi débile, et
le clin d'oeil final, symbolisé par le célèbre "The show must go
on" reste en travers de la gorge.