1955. Harold "Harry" Angel (Mickey Rourke), est un minable
détective privé. Il est un jour contacté par un avoué, Winesap
(Dann Florek), pour le compte d'un homme mystérieux, Louis Cyphre
(Robert de Niro). Celui-ci souhaite retrouver un ancien chanteur,
Johnny "Favorite" Liebling, qui avait contracté une dette
envers lui. Johnny, blessé et amnésique à la suite de la guerre,
était soigné dans un hôpital, mais, apparemment, il ne s'y trouve
plus. Harry commence une difficile enquête et apprend du docteur
Fowler (Michael Higgins), que le blessé a été emmené douze ans
auparavant. Une forte somme d'argent avait été donnée au praticien
pour qu'il continue à faire croire à la présence de Johnny...
Un
an avant "Mississipi
Burning", Alan Parker
explorait dèjà "les portes de l'enfer" (titre français
& canadien, peu utilisé chez nous), mais sur un fond
événementiel totalement différent. Ici, nous sommes dans une
fiction magique, mais fondée sur des bases aussi terriennes que
formatées : le détective paumé, hagard, grillant cigarette sur
cigarette, mal rasé, le regard flasque perdu dans un no man's
land halluciné, sorte de Philip Marlowe totalement à la dérive,
excellemment joué ici par Mickey Rourke dont c'est probablement un
des meilleurs rôles, avec celui de Stanley White dans "L'Année
du dragon". Une
mission, apparemment banale, bien que le commanditaire (un De Niro qui
est ici aussi sobre que Al Pacino était déclamatoire et emphatique
dans "l'Associé
du Diable"), ne passe pas
inaperçu avec ses ongles de cinq centimètres et son chignon
croquignolet ! Une atmosphère étouffante, des décors le plus
souvent dégoulinants de pluie et cauchemardesques, une chape de magie
qui imprègne la plupart des séquences, un culte Vaudou sanguinolant
qui semble issu d'un Moyen-Age primitif, et surtout un scénario
alambiqué, servi part un montage parsemé de zones d'ombres et de
fragments hermétiques, tout cela donne naissance à un passionnant
jeu de piste, adaptation moderne du mythe de Faust. Mais c'est surtout
la performance d'un Mickey Rourke aussi naturel qu'halluciné, qui
s'installe dans la mémoire de manière inaltérable.