François (Frédéric van den Driessche) est réalisateur. Fort
troublé par les confidences de Virginie (Virginie Legeay), qu'il
n'avait pourtant pas choisie pour son précédent film, il décide,
deux ans après, de tourner une oeuvre sur le plaisir féminin et les
interdits qui s'y attachent. Mais les jeunes filles refusent de se
lancer dans l'aventure, lorsqu'elles ont connaissance des expériences
sexuelles qu'elles devront vivre devant la caméra. Jusqu'à ce
qu'il fasse la connaissance de Julie (Lise Bellynck), Charlotte
(Maroussa Dubreuil) et Stephanie (Marie Allan)...
L'oeuvre est un film dans le film, une sorte de documentaire
fictionnel sur la tentative du metteur en scène François (excellent
Frederic van den Driessche, à la fois révérencieux et malsain), autrement dit Jean-Claude Brisseau, de
plonger, à travers les essais d'actrices, dans le mystère de la
sexualité féminine. Cette recherche idéale se fond dans la dure
réalité, puisque François, tout comme le réalisateur, se voient
accusés par certaines jeunes femmes, de harcèlement sexuel. Il faut
reconnaître que, tout au moins au début, les motivations
intérieures du cinéaste ressemblent plus à un prétexte qu'à une
quête authentique. Comment appréhender par l'intellect, voire même
par les sens, ce qui relève de l'immatériel, ce qui appartient à la
partie la plus subtile de l'être, à son essence même. Cette
exploration folle, dont l'aboutissement ne peut qu'être frustrant (et
il l'est, d'ailleurs, puisque, in fine, François avoue n'avoir jamais
obtenu ses réponses), fait souvent penser à l'aberrante invitation
des Témoins de Jéhovah, qui proposent à chacun de "parler de
l'Amour de Dieu". Il est tout à fait possible de disserter
encore durant des millénaires sur ce sujet, et le monde continuera à
souffrir inexorablement. "Vivre" l'Amour divin, tout comme
"vivre" l'extase, est l'unique source, non explicable, non
transmissible, de la béatitude et de la vraie Connaissance.
L'entreprise de Jean-Claude Brisseau paraît donc, dès l'origine,
condamnée à l'échec. Pourtant, au fil des rencontres, des aveux
intimes, des confessions viscérales, le spectateur se laisse emporter
par la beauté qui émane des visages, par l'étonnant respect que
François manifeste envers celles dont il quête le cheminement
intérieur vers l'amour. Origine du désir, de l'excitation, pouvoir
de l'imaginaire, du fantasme, de la dépendance, du regard extérieur,
ambiguïté des liens entre le réalisateur et ses
"créatures"... Les réponses ne sont pas au rendez-vous,
mais l'expression poétique des corps enlacés, enfiévrés, les
remplacent souvent avantageusement. Dommage, vraiment, que ces
incursions d'êtres désincarnés et de voix d'outre-tombe
introduisent, dans cet hymne au lyrisme charnel, un ridicule inutile.