Carco (Gérard Depardieu) a quitté le milieu des truands et tient
désormais un cabaret de strip-tease. Il est même sur le point d'épouser
l'une des beautés qui font la gloire de son établissement. Un jour,
l'un de ses anciens comparses, "La pince" (Yves Rénier), l'appelle en
urgence d'extrême-orient pour lui confier une double mission : venir
récupérer son jeune fils et quelques millions de dollars volés à la
mafia chinoise. Mais celle-ci ne l'entend évidemment pas de cette
oreille ! A peine arrivé sur place, Carco apprend que "la pince" est
mort assassiné et que sa vie ne vaut pas un clou... Le seul moyen de
rapatrier l'enfant est de le confier à un prêtre français, le père
Tarin (Christian Clavier), qui s'apprête à ramener en France sa colonie
d'enfants "difficiles"...
Le scénario de départ emprunte sensiblement la même voie que "L'opération corned-beef"
du même réalisateur. A mi-chemin, Jean Marie Poiré oblique, et
introduit, grâce au début de la vogue des effets spéciaux (assez
réussis), cette intervention mi-angélique, mi-diabolique. L'idée est
bonne en elle-même et contribue à relancer l'attention et à renouveler
le genre codifié et convenu du policier comique. Le résultat, lui, est,
me semble-t-il, assez mitigé. Certes les interventions des doubles
célestes apportent leur petit lot de gags, mais
laissent souvent une impression de placage opportuniste.
L'ensemble du film, d'ailleurs, m'a toujours laissé sur ma faim, un peu
frustré, comme si l'impression que le résultat aurait pu être
beaucoup plus drôle s'imposait avec persistance. Il est assez difficile
d'en trouver la cause. Le scénario est convenable, l'action, vivante,
pour ne pas dire parfois carrément agitée, alterne avec des scènes de
comique intimiste assez réussies... Il me semble que l'une des clés de
cette demi-insatisfaction réside dans le choix des acteurs.
Plus que tout autre genre, la réussite du comique dépend du goût et de
la disposition intérieurs du spectateur, ainsi que de son âge. A moins
d'être vraiment mal joué, un drame provoquera de l'émotion chez toute
personne qui ne s'est pas blindée artificiellement. Un humour tant soit
peu original laissera peut-être de marbre cinquante pour cent des
spectateurs.
A mon sens, et sans entrer dans le détail des différents types
comiques, il existe dans ce domaine deux grands types d'acteurs :
Gérard Depardieu ( comme Jean Paul Belmondo, Michel Blanc, Louis de
Funès, Bourvil, Bernard Blier... ) fait partie de la première
catégorie. Je le trouve quasiment toujours parfait dans ce type de rôle
("La chèvre", "les valseuses",
"les compères", même
lorsqu'il s'agit d'un comique grave : "Tenue
de soirée") et passablement décalé dans les rôles dramatiques.
Christian Clavier entre, pour moi, dans la seconde catégorie. Ses
qualités de comédien lui permettent de grandes réussites, mais
l'hilarité doit être générée par un rôle taillé sur mesure et écrit
avec génie, comme savait si bien le faire, par exemple, Michel Audiard.
Ici réside, je crois, la relative faiblesse des "Anges gardiens". Les
personnages sont correctement décrits, campés, mais sans ce petit plus
qui déchaîne la jubilation interne. Et le résultat est
distrayant, agréable mais sans excès...