Jackie Wong, un puissant mafieux chinois de
New-York est assassiné. Cette mort amène de profonds bouleversements
dans la hiérarchie qui a la main mise sur le quartier de Chinatown. En
définitive, c'est le jeune Joey Tai (John Lone) qui parvient à se
laisser confier par ses oncles la direction des affaires. Mais arrive
un nouveau flic, le capitaine Stanley White (Mickey Rourke), bien
décidé, contre l'avis de ses supérieurs, à mettre au pas la mafia
extrême-orientale...
J'avais gardé le souvenir d'un film violent, dense, aux ramifications
complexes. Après nouvelle vision, je me rends compte que ces
qualificatifs ne sont plus vraiment adaptés. Violent ? On nous a
habitué, depuis une large décennie, à voir bien pire. Dense ? Complexe
? Non. L'histoire est en fait simple, linéaire, classique pour ne pas
dire banale. Ce qui me paraît, aujourd'hui, faire réellement le prix de
cette oeuvre, c'est, d'une part l'habillage dont elle est parée,
l'écrin de vraisemblance qui l'abrite, et, surtout, la peinture des
personnages principaux, au premier rang desquels brille, une fois n'est
pas coutume, Mickey Rourke.
C'est l'incarnation de cet individu extrémiste, déjanté, égoïste,
manipulateur, à la limite de l'anti-héros, qui sort le film de la masse
des réalisations routinières de bonne qualité dans laquelle, sans cela,
il aurait risqué de se noyer. Flic violent, ambigu, qui n'en finit pas
de ressasser la défaite vietnamienne, ne connaît de la communication
que les menaces ou la rébellion, et porte sa pluie de décorations comme
une croix expiatoire. Deux passages suffisent à donner la mesure de son
tempérament : la première scène de "séduction" dans l'appartement de
Tracy Tzu (Ariane) et le "discours" de motivation qu'il adresse à ses
hommes. Dans les deux cas, on a l'impression d'assister à la rémission
d'un désespéré qui ne trouve de raison de survivre que dans la quête
d'un idéal de propreté bien suspect. L'image finale laisse d'ailleurs
planer sur ses motivations un doute plus que troublant. Face à lui,
John Lone incarne avec intensité l'archétype du mafieux chinois froid,
insensible, mais dont les "qualités" rappellent étrangement celles de
son "double" ennemi : calcul, mépris de l'autre, et soif inextinguible
d'être reconnu.
Michael Cimino tente de faire entrer le spectateur dans ce monde
totalement étranger pour nous des coutumes et traditions orientales.
Pour ce qui est de la forme, il y réussit bien. La cérémonie de
l'enterrement de Jackie Wong, qui ouvre le film, est à ce titre une
réussite. Les relations à la fois houleuses et empreintes de cette
feinte sagesse chinoise, entre les divers membres des Triades, (pour
une grande part sous-titrées), sonnent vrai. Pourtant, un
petit quelque chose d'indéfinissable empêche de s'imprégner totalement
de cet univers. D'y plonger corps et âme, comme cela se produit, par
exemple, pour "Le Parrain"
de Francis Ford Coppola. Comme si, malgré la profondeur des
personnages, la réussite formelle du cadre, le jaillissement des
éclairs de violence qui saisissent le spectateur à la gorge, subsistait
au fond de tout cela un aspect factice, habilement habillé, camouflé,
mais cependant constamment perceptible. Peut-être la cause
réside-t-elle dans la main mise envahissante de Stanley White sur le
scénario. Omniprésent, parfois caricatural dans ses excès caractériels,
il étouffe en partie le déroulement de ce drame, qui demeure,
nénamoins, passionnant.
A noter un doublage de Mickey Rourke plus que moyen...
Film sur
IMDB