Tandis que un homme (Willem Dafoe) et une femme (Charlotte Gainsbourg) font l'amour, leur fils Nic (Storm Acheche Sahlstrøm)
tombe du rebord de la fenêtre et se tue. Désemparés, les deux parents
se réfugient dans un chalet perdu au milieu de la forêt, dans l'espoir
de reconstruire leur couplke et leur santé mentale...
C'est par une scène merveilleuse, en noir et blanc, magnifiée par l'air sublime du "Rinaldo" de Haendel ("Lascia ch'io pianga"),
la seule d'ailleurs dans ce drame sombrissime, que débute cette
descente aux enfers d'un couple que le réalisateur veut archétypal,
puisqu'ils ne sont pas nommés. Tout comme c'était le cas pour la "Passion du Christ"
de Mel Gibson, ce sont surtout les motivations profondes de l'auteur
qui génèrent chez le spectateur une interrogation aussi intense que
troublante. Lorsqu'un réalisateur concocte des films de genre, façon
"Martyrs", "La colline a des yeux", "Calvaire", "Saw", ou encore "Détour mortel",
son intention est claire : flatter chez l'humain son attirance morbide
pour le sadisme et la cruauté, en justifiant, au besoin, les excès
sanglants par une dénonciation hypocrite de la violence. Dans le cas de
Lars von Trier, rien n'est aussi simple. Ce ne sont pas les êtres tant
mâles que femelles qui sont indifféremment la proie d'un esprit
dérangé. Tandis que la folie et le mal s'installent progressivement
dans le récit, c'est clairement l'aspect Yin de la création, à savoir
la mère-nature et la femme qui sont stigmatisées comme porteurs du
"Mal". Les hommes, eux, qu'ils soient enfants ou adultes, sont les
victimes de la perturbation originelle d'une forme satanique identifiée
et avérée. Autant dire que ce ne sont pas tellement les quelques scènes
"choc" de l'oeuvre qui perturbent le spectateur, mais bien plutôt cette
vision profondément déviée d'un esprit manifestement très atteint
psychologiquement. Le talent du réalisateur s'efface donc vite devant
cette pathologie malsaine, illustrée, qui plus est, par des moyens au
symbolisme souvent abscons, qui ne sont pas un modèle de subtilité.
Cela dit, il ne faut pas occulter la performance de Charlotte
Gainsbourg, pour qui cette incarnation n'a pas dû être une partie de
plaisir, tant elle vit en profondeur la folie destructrice de son
personnage.
Film sur IMDB