Fin 1968. Le Capitaine Willard (Martin Sheen), des Forces Spéciales,
se morfond à Saïgon en attendant qu'on lui confie un boulot
quelconque. Il rentre d'une permission aux Etats-Unis, et tente
d'oublier, dans la boisson, que sa femme a demandé le divorce. Il
reçoit enfin un jour la mission qu'il attend : ordre lui est donné
par le Général Corman (G.D.Spradlin), de remonter la rivière Nung
jusqu'au Cambodge, afin de liquider définitivement un Colonel devenu
incontrôlable et fou, Walter E. Kurtz (Marlon Brando). Un long
périple semé de combats commence. Le premier est mené de manière
plus qu'originale par le Colonel Bill Kilgore (Robert Duvall)...
Alors que tant de films de guerre ne trouvent leur impact sur le
spectateur que dans une surenchère de la violence et du réalisme,
certains, sans pour autant occulter l'horreur quotidienne et
instantanée, impriment durablement leur marque pour de tout autres
qualités. "Apocalypse Now" est sans doute, à ce jour, le
chef-d'oeuvre incontestable du genre. Tour à tour baroque, sauvage,
poétique, lyrique, délirant, initiatique, il intègre, malaxe,
digère, de façon magistrale tous les aspects hétéroclites,
antinomiques qui se heurtent dans cet univers en décomposition. Ce
sont des centaines de lignes qui seraient indispensables pour
disséquer chaque scène, pour célébrer le spectaculaire,
l'intimiste, le grandiose, l'incongru, l'esthétisme opératique, qui
habitent chaque séquence. La plus célèbre demeure, bien sûr,
l'attaque des hélicoptères du Colonel Kilgore (impayable et
inquiétant Robert Duvall, toujours à la limite de l'aliénation, son
chapeau de cow-boy vissé sur le crâne, obsédé de surf et jetant
ses "cartes de la mort" sur les ennemis tués au combat...),
menée sur la musique de la "Chevauchée des Walkyries" de
Richard Wagner. Mais ce passage est un parmi une myriade d'autres (le
show en plein coeur de la jungle, l'arrivée chez les Français, le
débarquement dans l'antre de Kurtz...), tous imprégnés d'une
profondeur, d'une intensité dramatique, d'une inspiration rarement
égalées.
Et lorsque, au bout de deux heures trente d'une expérience visuelle
et narrative quasiment inconnue jusqu'alors, apparaît enfin ce
personnage mythique dont la prétendue folie a couru, en filigrane,
durant cette longue épopée, non seulement l'intérêt ne faiblit
pas, non seulement la dramaturgie ne s'étiole pas, mais au contraire
la tragédie creuse de nouveaux sillons, découvre de nouvelles
sources d'inspiration, dans la démence mystique qui habite et
environne ce gourou. Le décor se fait psychédélique, les
comportements appartiennent à une autre galaxie, la vie s'écoule
hors du temps terrestre.
Cette expédition hors du connu, du répertorié, hors de la raison,
habitée en permanence par un génie créateur hautement inspiré,
écrase la quasi totalité des oeuvres du genre de son inventivité
irréelle, vertigineuse, et de son horrible magnificence. A mon sens,
une des réalisations cinématographiques majeures de tous les temps,
qui parvient à jouer sur toutes les octaves de la réceptivité
émotionnelle.
> Film
sur IMDB.com