Une paisible tribu dirigée par Ciel de
Silex (Morris Birdyellowhead), voit sa vie quotidienne brusquement
foudroyée par l'irruption d'une horde de guerriers sanguinaires. Le
fils du chef, Patte de Jaguar (Rudy Youngblood) réussit, in extremis,
à cacher sa femme enceinte et son fils dans une grotte. Il est capturé
avec nombre de ses compagnons et emmené vers une cité Maya. Des
sacrifices humains y sont continuellement effectués afin de calmer la
colère des Dieux qui ont envoyé une épidémie sur terre...
Lorsque monsieur X visionne un film d'Alexandre Aja ("La
Colline a des yeux", "Haute
Tension"), de Tobe Hopper ("Massacre à la
tronçonneuse"), ou d'Elie Roth ("Hostel"),
il sait, sans ambiguïté possible, à quel spectacle s'attendre. Ce
seront des kyrielles d'atrocités en tous genres, sanguinolentes à
souhait. Dans le cas de Mel Gibson première mouture ("L'homme sans
visage"), le drame humain était en première ligne. Dans
"Braveheart", le drame humain, à résonance historique, vit
la violence émerger de manière héroïque et franche. Dans la
création "artistique" du Mel Gibson dernière mouture ("La
Passion du Christ" et le présent film), la sauvagerie est
devenue la déesse à laquelle tout est sacrifié. Une question se pose
alors légitimement : Mel Gibson rêve-t-il de donner naissance à un
nouveau genre horrifique qui, méprisant sans doute la gratuité
primaire qui baigne les oeuvres gore traditionnelles, prendrait un
prétexte historique et/ou religieux, pour justifier ses débordements
barbares ? Ou bien encore tente-t-il d'exorciser une violence
intérieure débordante, en nimbant l'écran de sauvageries
interminables dont la justification semble souvent bien difficile à
découvrir ?
L'une des qualités indéniables du film est la puissance évocatrice de
son réalisme. Même confortablement installé dans le fond de son
canapé, le spectateur finit par se demander, avec une anxiété
certaine, si une tête ne va pas amerrir dans son whisky, ou si une
sagaie ne va pas se planter dans le portrait de la grand-mère accroché
au mur ! Grâce, sans doute, au fait que le tournage a été effectué
en langue originale, les personnages, campés avec authenticité, et
bien que fort éloignés de notre époque, prennent rapidement vie,
deviennent des êtres de chair et de sang, dont on partage, sans
difficulté, la peur, l'angoisse et les espoirs. Cela étant reconnu,
quel est le but de cette (très) longue épopée ? Tout comme dans
le cas de "La Passion du Christ",
la réponse est loin d'être évidente. Explorer la décadence d'une
civilisation ? Il apparaît vite manifeste que l'absence totale de nuances,
la persistance mécanique dans l'atroce, qui annihile toute velléité
de réflexion, ainsi que l'orientation du
récit sur une haine personnelle, sabordent irrémédiablement cette
hypothèse. Alors, que reste-t-il ? Le drame d'un homme que le destin va
transformer en héros, lointain ancêtre de "Rambo".
Pourquoi pas ! Mais, dans ce cas, même si l'époque justifie, en
partie, la permanence de la violence, pourquoi se repaître, sans
mesure, d'orgies sanguinaires qui ravalent souvent le destin de Patte de
Jaguar au rang d'anecdote secondaire ? J'ignore si Mel Gibson a suivi
une psychanalyse. Il ne fait aucun doute que son cas se révèlerait
particulièrement intéressant ! Si ses réalisations jettent le
spectateur dans un monde particulièrement malsain, il est impossible de
nier qu'elles ne peuvent laisser personne indifférent ! Mais l'excès
est toujours dangereux à manipuler. De même qu'il était indispensable
de posséder une vision très orientée pour dénicher un intérêt
majeur à l'étalage complaisant des innombrables supplices infligés à
Jésus-Christ, de même une sacrée dose de bonne volonté est
nécessaire pour trouver une justification à l'interminable
course-poursuite (40 minutes au cours desquelles alternent, histoire de
casser un peu la monotonie, gros plans, vues en plongée, ralentis,
panoramiques aériens...) de la seconde partie ! Même si les
dernières minutes ne manquent ni de tension, ni de grandeur...
Film sur IMDB