Deux
petits malfrats,
Sonny Wortzik (Al Pacino) et Sal (John Cazale) pénètrent dans une
banque pour un hol-up qui doit ne prendre que quelques
minutes. Le directeur de l'établissement, Mulvaney (Sully Boyar), semble
désireux de coopérer et les employées sont trop effrayées pour tenter
une réaction quelconque. Pourtant une première déconvenue attend les
apprentis braqueurs : l'argent vient d'être transféré et les caisses
sont quasiment vides. Lorsque Sonny et Sal s'apprêtent à fuir, ils
s'aperçoivent que la police encercle tout le quartier. C'est
l'affolement et le début d'un affrontement tendu entre Sonny et le chef
de la police, Eugene Moretti (Charles Durning)...
Une tentative de braquage qui tourne au vinaigre, filmée
quasiment en huis-clos pendant deux heures, voilà un sujet qui semble
au premier abord aussi minimaliste que primaire. Pourtant, comme il
l'avait déjà pleinement réussi dans le domaine de la délibération d'un
jury d'assises ("12 Hommes en colère"),
Sidney Lumet s'affranchit totalement des banalités attendues, pour
transfigurer cet affrontement élémentaire entre flics et preneur
d'otages en un drame psychologique aussi acéré que poignant. Au fil des
heures, avec pour tout aliment quelques événements banals, le scénario
explore diverses facettes de la personnalité de Sonny jusque dans ses
frustrations, faiblesses et désespoirs les plus intimes. Il faut
préciser tout de même que la réussite est grandement aidée par une
prestation magistrale de Al Pacino, d'une authenticité majeure dans
l'incarnation de cet être paumé et pitoyable, qui est amené à faire le
point sur la valeur, la réalité de ses affections intimes et
familiales, ainsi que sur le (non) sens de sa vie. Mais si le rôle qui
lui est dévolu permet à son personnage de passer de l'excentricité à la
torpeur, de la colère à l'effondrement, de la manipulation à la résignation,
il ne faut pas oublier John Cazale, qui, sans presque jamais s'exprimer
oralement, parvient à traduire, par le seul regard, toute la détresse
et la panique qui gonflent en lui. Parfois presque drôle, toujours
juste, toujours captivante, voilà une oeuvre, fondée sur une
histoire vraie, qui n'a pas pris une seule ride depuis plus de
trente ans.