Pour cause de pluies violentes et interminables, un certain nombre
de voyageurs sont bloqués dans une auberge de campagne, au bord d'un
fleuve, le bac étant inutilisable. Le plus remarquable parmi eux est
un Samouraï, Ihei Misawa (Akira Terao). Toujours souriant, calme, il
en impose à son entourage. Un jour, alors qu'il se promène dans la
campagne, il intervient pour faire cesser un duel. Le Seigneur du
fief, Nagai Izuminokami Shigeaki (Shiro Mifune), ayant observé la
scène, remercie Ihei de son intervention et lui propose le poste de
maître d'armes, vacant depuis peu. Mais les anciens ne l'entendent
pas de cette oreille et voient d'un fort mauvais oeil un inconnu
occuper la place qui revient à l'un d'eux...
Nous
sommes bien loin des boucheries sanglantes et répétitives de "la
Princesse du désert", ou des
duels-pirouettes fantasmagoriques de "Tigre et Dragon",
même si le personnage principal est un Samouraï. Surprenant héros,
d'ailleurs que ce Ihei, au visage étrangement bonnasse, qui paraît
tout d'abord falot, inconsistant, puis installe petit à petit sa
maîtrise sereine. Si l'on excepte, d'ailleurs, un ou deux combats,
qui flirtent avec l'abstraction, toute l'œuvre repose sur une
évolution intérieure tellement subtile qu'elle semble, à nous
Occidentaux agités du mental, singulièrement ésotérique. D'autant
plus que le refoulement de toute émotion (surtout évident pour la
femme du Samouraï, qui passe toutes ses journées à genoux, en
travaux d'aiguille) ne facilite pas l'harmonisation avec ce monde
étranger. Seul le Seigneur, qui, à chaque parole prononcée, semble
cracher des balles de mitraillette, tranche avec la douceur ambiante.
Pour jouir pleinement de sa présence, il est indispensable de faire
table rase des raisonnements, des attentes, des références connues.
A ce moment-là, peut-être est-il possible d'entrer en communion avec
cette créature hors du temps, ces codes de l'honneur propres à la
civilisation nippone, et de goûter pleinement le calme qui s'étend
sur les paysages et dans l'intimité des personnages, jusqu'à une
conclusion étonnamment elliptique. Cette adhésion nécessite
cependant de surmonter l'ennui qui, parfois, n'est pas loin de
décourager les bonnes volontés.