Joliet dans l'Illinois, en 1936. Johnny Hooker, surnommé "le
crocheteur" (Robert Redford) est un brillant petit arnaqueur. Il
travaille depuis plusieurs années en duo avec Luther Coleman (obert
Earl Jones). Leur dernier coup est une réussite : dix mille dollars
raflés en douceur au coursier d'un groupe de parieurs. Mais il se
trouve que le destinataire de la somme, Doyle Lonnegan (Robert Shaw),
n'est pas un enfant de choeur. Il est banquier pour la façade et
truand pour tout le reste. Il fait exécuter Luther et lance ses
tueurs aux trousses de Johnny. Celui-ci prend contact avec le roi de
l'arnaque, Henry Gondorff (Paul Newman), et lui demande que la mort de
Luther soit vengée. Pour cela, les deux compères mettent au point
leur arnaque la plus travaillée. Mais ils doivent aussi faire face à
la traque d'un flic véreux, William Snyder (Charles Durning)...
Plus de trente ans après sa réalisation, cette oeuvre mythique, qui
voyait à nouveau la réunion, quatre ans après leur sanglante
prestation dans "Butch Cassidy et le Kid", de Redford et
Newman, n'a pas pris une ride. Bien au contraire, elle demeure un
exemple de construction, d'équilibre entre drame et comédie, entre
élégance et truanderie, d'association parfaite de modernité et de
passéisme (certaines scènes, soulignées par la musique sautillante,
semblent tout droit sorties d'un film muet des années 20). Il n'est
pas un aspect de l'ensemble qui ne soit à encenser : le scénario
remarquablement bâti, à la fois dentelle et béton armé, bourré de
petits riens, d'anecdotes apparemment secondaires, qui contribuent à
former le resplendissant tableau du puzzle achevé ; la progression
féline de l'intrigue, qui fait constamment penser à la chasse d'un
fauve : approche furtive, observation de la proie, préparation de
l'attaque, puis la phase d'attente immobile qui précède
immédiatement le bond décisif ; le duo d'acteurs en état de grâce,
avec un Paul Newman tout en retenue et un Robert Redford, captivant,
en jeune chien fou ; une galerie de trognes réjouissantes (Kid Twist
(Harold Gould), le vieux beau ; Floyd (Charles Dierkop), le tueur au
nez cassé... ) ; une reconstitution simple mais étourdissante du
Chicago des années 30 ; une musique de rêve qui est inscrite dans
toutes les mémoires ; la mise en scène insolente de fluidité, de
tourbillonnements légers et d'efficacité... Bref, un modèle de vie,
d'ironie, de rythme, de plaisir gourmand, de suspense, avec un final
brillantissime.
Une jouissante réussite.