Frank
Abagnale sr. (Christopher Walken) tient un commerce et mène une vie
paisible avec sa femme Paula (Nathalie Baye) et son fils de 16 ans
Frank jr. (Leonardo Di Caprio). Mais le fisc se met à poursuivre Frank
sr. pour malversations et les ennuis commencent. La famille est d'abord
obligée de troquer la somptueuse villa pour un petit appartement. Puis,
un malheur n'arrivant jamais seul, le jeune garçon découvre que sa mère
a un amant. Le jour où il est sommé de choisir de suivre son père ou sa
mère parce que ses parents divorcent, une brisure se fait en lui. Il
s'enfuit et commence à s'inventer différentes professions et
personnalités qui lui permettent rapidement, son talent et son charme
aidant, de gagner malhonnêtement, mais très efficacement sa
vie. Malheureusement pour lui, un agent du FBI, Carl Hanratty
(Tom Hanks), particulièrement opiniâtre, le poursuit inlassablement...
Un adolescent blessé (Leonardo di Caprio) contraint de se séparer de
son père (Christopher Walken, toujours charismatique, dans un rôle
sympathique, ce qui est assez rare pour être souligné !) qu'il admire
et, par conséquent en quête d'un adulte susceptible de le remplacer. Un
homme blessé par la vie, contraint de se séparer de sa petite fille
qu'il adore et ne voit pratiquement plus... Comme il est dit dans les
romans de gare, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer ! Mais le
destin veille à ce que les unions, qu'elles soient amoureuses ou
amicales, ne se vautrent pas dans la facilité. C'est donc au jeu ,
parfois burlesque, parfois désespéré, parfois dangereux, du chat et de
la souris, du gendarme et du voleur, que vont se livrer, pendant
plusieurs années, Frank et Carl. Le premier est un gamin facétieux,
inventif, sentimental qui oublie sa détresse et sa solitude dans le
risque permanent (la scène significative dans laquelle Frank appelle au
téléphone le policier, le soir de Noël, en lui donnant les coordonnées
de l'endroit où il habite, ce que Carl prend pour un mensonge !). Le
second est un être taciturne, sombre qui noie son désespoir latent dans
l'abrutissement au travail.
Steven Spielberg filme avec tendresse, inventivité (le générique bourré
de trouvailles constitue une entrée en matière particulièrement
adéquate), légèreté, originalité, intensité cette poursuite infernale
qui comporte son lot de scènes humoristiques, émotionnelles,
dramatiques. L'équilibre est remarquablement tenu. Le rythme ne faiblit
jamais. La reconstitution d'époque est efficace dans la simplicité, même
si l’on peut être surpris et passablement choqué de voir une prison
française qui ressemble fort à une geôle moyenâgeuse ! Tom
Hanks est, à son habitude, remarquable d'intensité maîtrisée. Mais la
surprise, fort agréable, vient à mon sens de Leonardo di Caprio. Cet
acteur n'est pas l'un de ceux pour lesquels j'éprouve une particulière
affinité, même si sa prestation dans "Titanic" était en tous points
excellente. Ici, il se glisse avec une aisance confondante dans ce
personnage à multiples facettes, qui joue avec habileté et
superficialité de ses charmes et de son bagout, mais est victime d'une
souffrance intérieure profonde. Cette ambivalence est subtilement
amenée par le réalisateur et l'acteur s'y plie avec une sensibilité
exacerbée qui mérite l'admiration.
Reste que l'on n'a jamais l'impression que cette histoire (vraie) peut
se terminer tragiquement. Il y a tout au long de ces deux heures vingt
qui passent comme l'éclair une impression de jeu qui, malgré les
événements tragiques (l'abandon de Brenda Strong (Amy Adams), la mort
de Frank Abagnale sr., l'emprisonnement... ), empêche d'envisager le
pire. Nous sommes donc bien loin du final-tragédie de "Butch Cassidy et
le Kid". Ici, c'est une conclusion pied de nez qui clôt joyeusement
cette fantaisie dense et passionnante.