L'intérêt premier d'un spectacle d'Arturo
Brachetti est évidemment son génie du transformisme. Ce n'est pas un
personnage qui se présente sous nos yeux mais une colonie de caméléons,
jaillissant de tous côtés, dans des décors ahurissants, avec des tenues
aussi extravagantes que diverses. Cette série de métamorphoses,
réalisées à la vitesse de l'éclair, laisse pantois ! Mais, fort
subtilement, Brachetti nous offre beaucoup plus que cela. Son spectacle
laisse la part belle à l'enfant qui sommeille en chacun de nous,
invitant au rêve, à la poésie, à la nostalgie, à la tendresse, comme
seul un Italien peut le faire avec sa "Mamma". Il passe ainsi d'une
séquence de western délirante à une saga familiale dont il endosse les
multiples personnalités, puis incarne, avec un simple bord de chapeau
une vingtaine de personnages, plonge dans la magie orientale des ombres
chinoises... La variété de son inspiration semble sans limites.
Lorsqu'on voit certaines exhibitions d'une pauvreté d'inspiration
affligeante, on ne peut qu'être sous le charme de ce créateur aussi
inspiré que génial, qui sait intelligemment doser mouvement, émotion,
originalité profonde et onirisme. Un spectacle total à ne manquer sous
aucun prétexte...