Kevin Lomax (Keanu Reeves) est un jeune et
brillant avocat de Floride. Après une nouvelle victoire dans un procès
où l'on attendait sa défaite, il est contacté par Leamon Heath (Ruben
Santiago Hudson) qui, au nom d'un puissant personnage de New-York, John
Milton (Al Pacino), lui fait une offre mirobolante. Kevin accepte et se
retrouve avec sa charmante femme, Mary Ann (Charlize Theron), dans un
appartement luxueux au coeur de la cité. Tout semble se présenter sous
les meilleurs auspices. Il fait la connaissance de son employeur, ainsi
que du directeur général de la société, Eddie Barzoon (Jeffrey Jones).
Mais, rapidement, Mary Ann commence à sentir une angoisse profonde la
gagner, d'autant plus que Kevin, accaparé par son travail, ne la voit
plus guère...
Tout débute comme l'histoire classique d'un
jeune loup aux dents longues. Habitué à ne jamais perdre, aussi bien
dans sa période de partie civile que dans celle où il s'est maintenant
plongé, la défense des accusés, Kevin est le type même du brillant
universitaire auquel tout réussit : le domaine professionnel ainsi que
celui du cœur, puisqu'il a épousé la superbe Mary Ann. Mais, au cours
du procès d'un pédophile, la belle façade va laisser apparaître une
première fissure. Malgré quelques étrangetés visuelles (accélérations
temporelles qui font un peu penser à "Koyaanisqatsi"), la narration poursuit pendant un temps
assez long dans le traditionnel. Puis, brusquement, une simple vision
de Mary Ann suffit à faire basculer dans le fantastique que laissait
supposer le titre. Taylor Hackford négocie intelligemment ce passage
dans une autre dimension, réservant à la longue tirade finale (dans un
décor magique de statues érotiques vivantes) d'un Al Pacino qui se
délecte manifestement de son rôle, l'éclaircissement de tous les
événements qui ont défilé sous nos yeux. A la place d'une simple
intrigue socio-psychologique, apparaît alors une assez vertigineuse
réflexion sur le libre-arbitre et la culpabilité, tandis que, grâce à
une double pirouette finale assez inattendue, l'œuvre dans son
ensemble, prend la forme d'une observation passablement cynique sur la
nature humaine et l'un de ses principaux moteurs, la vanité.
C'est passionnant de bout en bout, interprété à la perfection par un
trio qui explore le triangle de l'orgueil (belle intensité émotionnelle
de Keanu Reeves), de la jouissance impériale (un Al Pacino gourmet et
délicieusement cabotin) et de la fragilité (Charlize Théron poignante).
Un ensemble fascinant.
Bernard
Sellier