Adam Gibson (Arnold Schwarzenegger) est
pilote d'hélicoptère dans un futur proche. Un jour, il doit véhiculer
sur les pistes de ski un milliardaire, Michael Drucker (Tony Goldwyn),
mais, pour un motif personnel, se fait remplacer par son coéquipier,
Hank Morgan (Michael Rapaport). Par malheur, les deux hommes sont
assassinés. Rentré le soir chez lui, il a la stupéfaction d'y
voir une réplique de lui-même, fêtant son anniversaire avec sa femme et
sa fille. Comble de malchance, des tueurs sont lancés à ses trousses
pour une simple raison : croyant qu'il était mort dans l'après-midi, de
mystérieux manipulateurs l'ont remplacé par son clone. La
duplication humaine étant formellement interdite, il a été témoin de ce
qu'il n'aurait jamais dû savoir : l'existence d'une fabrication de
doubles humains. Il n'est pas au bout de ses surprises...
Surfant sur la vague inquiétante des projets de clonage annoncés à
grand renfort de publicité par quelques allumés, Roger Spottiswoode
s'engouffre dans un monde mi réaliste, mi fantaisiste où les enfants
reçoivent comme cadeau des poupées logorrhéiques ou des animaux
dupliqués, et où le réfrigérateur vous informe qu'il faut acheter
d'urgence du lait... Après tout, cela risque bien de nous arriver dans
pas longtemps. Le film est un mélange un peu hétéroclite de bande
dessinée, de réflexions philosophiques (sur la mort, la douleur de la
perte d'un être aimé, le rôle de la mémoire dans la construction de la
personnalité, l'apparence et la réalité), d'humour et d'action
brouillonne. Cela fait beaucoup, d'autant plus que pas une des
composantes n'est vraiment convaincante ou enthousiasmante. Les
poursuites sont quelque peu lassantes et tiennent plus du jeu video que
du film policier. Les considérations fondamentales ont le mérite
d'exister, mais demeurent bien superficielles. L'ironie réserve
quelques moments amusants, tels l'irruption dans le commissariat d'une
avocate et d'un psychologue virtuels, le répondeur d'accueil des
urgences qui vous laisse le temps d'être assassiné dix fois avant de
vous passer la personne concernée, ou encore la concurrence des deux
Adam Gibson. Mais tout cela demeure quand même passablement lourdaud, à
l'image d'un Schwarzie qui a l'âge de ses artères.
Demeure un scénario assez bien construit, réservant quelques bonnes
idées dont la folie fait frémir (l'implantation d'anomalies
congénitales dans les clones afin de limiter leur durée de vie au cas
où ils se montreraient désobéissants, le remplacement discret
de politiciens par leurs doubles afin de tirer les ficelles politiques
sans problèmes, le modelage des souvenirs suivant les besoins du
concepteur...) et quelques images qui se gravent dans la mémoire, tels
ces moules corporels baignant dans une sorte de liquide amniotique et
attendant de recevoir le "neurodisque" qui leur intégrera la mémoire de
leur future personnalité.
Un
sujet passionnant, malheureusement tiré vers le bas par un traitement
clipesque et dénaturant.