Xavier (Romain Duris) obtient la possibilité d'aller passer un
DEA à Barcelone, ce qui permettrait à un ami de son père, titulaire
d'une haute situation gouvernementale, de lui dénicher un job de
qualité à la Commission Européenne. Bien qu'assez peu motivé,
Xavier se résout à partir un an en Espagne, ce qui n'est du goût ni
de sa mère (poule) ni de son amie Martine (Audrey Tautou). Dans
l'avion, il fait la connaissance de Jean Michel (Xavier de Guillebon),
neurologue macho, fraîchement marié à la douce et un peu coincée
Anne Sophie (Judith Godrèche). D'abord hébergé chez eux,
Xavier ne tarde pas à dénicher une chambre dans un appartement
occupé par des étudiants de diverses nationalités. Il y a là
l'Anglaise Wendy (Kelly Reilly), un Allemand, un Italien, une Belge...
La vie catalane commence...
Cédric Klapisch aime décidément les menus riens qui s'amalgament et
font une histoire. Ce n'était pas vraiment une réussite dans l'un de
ses premiers films, "Riens du tout".
La mayonnaise avait bien de la difficulté à prendre consistance. On
retrouve ici ces morceaux de puzzle composés de détails de la vie
quotidienne, d'amours ébauchées, de tensions internes, de petits
drames, de joies furtives. Le milieu hétéroclite, pan-européen, se
prête évidemment bien à la mise en rapports des cultures, des
différences d'éducation, des limites propres à chaque civilisation,
apportant conjointement un enrichissement mutuel.
Passons d'abord sur certains tics agaçants, tels les mouvements
saccadés, images accélérées, écrans ou voix simultanés,
surimpression d'images. Même si leur insertion n'est pas vraiment
gratuite, le résultat et l'utilité ne me paraissent pas évidents.
Pour sûr, ça fait moderne, branché, mais plutôt que
des trouvailles visuelles originales et gratifiantes, j'y verrais un
moyen artificiel de dépasser une certaine banalité des situations et
du propos. Le début se met assez difficilement en place. C'est à la
fois superficiel, d'une subtilité pas évidente, et dénote un
certain manque d'implication de la part du réalisateur. Certaines
scènes sentent le remplissage et n'apportent rien à l'histoire ou à
la psychologie des personnages. Et puis, petit à petit, une vraie
tendresse finit par s'installer dans la description de cette micro
colonie. Des moments de tendresse, de sensibilité apparaissent. Les
errances intérieures de Xavier quittent l'abstraction artificielle
pour devenir une quête de l'identité émouvante. Le film doit
d'ailleurs beaucoup, à mon sens, à Romain Duris qui apporte une
grande crédibilité et une sensibilité vraie à ce personnage
déboussolé, à la recherche de ses marques et du sens de sa
vie.
Au final, un agrégat qui finit par donner un tout bien sympathique.