Dans les temps
post-révolutionnaires, Pierre (Christian Clavier) et Rose Martin
(Josiane Balasko), tiennent l'auberge du Croûteux dans un coin désert
des Pyrénées. Comment peuvent-ils survivre, alors que leur
établissement se trouve en dehors des routes qu'empruntent
habituellement les voyageurs ? De fort belle manière, merci. Leur
recette ? Détrousser les quelques malheureux qui pointent leur museau,
et se débarrasser des cadavres en nourrissant les cochons. Justement,
les occupants d'un carrosse en difficulté demandent un abri pour
quelques heures. Parmi eux, un prêtre, le Père Carnus (Gérard Jugnot),
accompagné d'un jeune garçon, Octave (Jean-Baptiste Maunier), promis à
la vie monastique...
Les hasards de la
programmation en salles et sur Canal + nous ayant permis de visionner à
quelques heures d'intervalle "L'auberge rouge" et "Hors de Prix",, il
nous a paru opportun, une fois n'est pas coutume, de composer un seul
commentaire commun à ces deux films, tant leurs styles illustrent à
merveille deux conceptions extrêmes de la "comédie" française.
D'un côté nous avons le
genre "poids lourd" du rire, qui, des "Visiteurs 1" à "Mais qui a tué Pamela Rose",
en passant par les "Taxi 2, 3 ou 4",
oscille entre le relativement jouissif et le consternant. Dans le cas
présent, nous serions plutôt dans l'entre deux, ce qui n'est pas
forcément une situation confortable ou enthousiasmante. Les concepteurs
ont manifestement choisi de drainer toute la famille en évitant les
excès de gore et la vulgarité extrême. Cela dit, la finesse,
l'inventivité, l'originalité sont inconnues au bataillon, et nous avons
droit uniquement à des personnages taillés à coups de serpe, à des gags
souvent moyennement drôles, parfois répétitifs, à des situations
convenues, et à un Christian Clavier refaisant pour la énième fois du
Clavier.
En face de cette farce
épaisse (placée d'ailleurs, on n'en sera pas surpris, sous le signe du
cochon), brille un petit joyau qui, malgré un sujet pouvant aisément
verser dans la vulgarité, développe un scénario simple, mais
subtilement diaphane, dans lequel évoluent deux personnages aussi
différents qu'attachants. Les scènes sont brossées avec délicatesse, à
coups de pinceaux légers, et les protagonistes se mettent sans peine au
diapason de l'ensemble, se montrant expressifs en toutes circonstances,
jusque dans les séquences muettes, où le regard remplace
avantageusement la parole. A côté du lunaire Gad Elmaleh, Audrey Tautou
se montre particulièrement délicieuse, alliant naturel, légèreté et
naïve immoralité avec un charme rafraichissant. Certes, tout n'est pas
parfait dans cette gentille comédie. Un alanguissement plane sur
certains passages, le dénouement est un tantinet convenu, et les
personnages secondaires manquent de présence. Mais l'ensemble se révèle
séduisant et rafraichissant.
Deux conceptions
radicalement opposées : le mammouth terrien face à la colombe aérienne
(ou à la pie, si l'on préfère...). A chacun de choisir en fonction de
son élément de prédilection.