Los Angeles, 1964. Bob Crane (Greg Kinnear) est speaker dans une
petite station de radio. On lui propose un jour le rôle principal
d'une série humoristique ayant pour décor la seconde guerre mondiale
: "Hogan's heroes". Malgré l'aversion première de sa
femme, Anne (Rita Wilson), il accepte. Le succès est au rendez-vous.
Bob reçoit des demandes d'autographes et commence à fréquenter les
bars. Il fait la connaissance d'un spécialiste de la vidéo
naissante, John Carpenter (Willem Dafoe), et commence à prendre goût
aux partouzes qu'il organise chez lui. Pendant ce temps, Anne se
morfond tout en étant persuadée du sérieux de son époux, qui
s'éprend peu à peu de la jolie Patricia (Maria Bello)...
Ce
film est un parcours autobiographique du véritable Bob Crane, acteur
né en 1928 et mort à 50 ans, tragiquement. Difficile de dire qu'il
s'agit de sa grandeur et de sa décadence, pour la simple raison que
son parcours cinématographique se limite à des séries
télévisées, et, qu'apparemment, son obsession du sexe l'a
rapidement fait dégringoler des premiers échelons sur lesquels il
s'était péniblement hissé. Le réalisateur survole ces vingt cinq
ans de parcours cahotique avec une certaine bonhomie et une
superficialité qui colle bien aux deux personnages principaux. Le
montage, alerte dans la première moitié, perd graduellement de son
allant, lorsque l'âge et une lassitude certaine commencent à peser
lourdement sur les frasques des deux compères.
Greg Kinnear et Willem Dafoe entrent en osmose quasi parfaite avec ces
deux tempéraments, obsédés et cyniques ordinaires, dont, par une
aberration chromosomique sans doute, les neurones ont été placés
dans les testicules. Bob ne voit dans la femme que des seins, et
tapisse ses murs de photographies mammaires imposantes. Il est lâche,
veule, affligé d'un niveau de conscience qui frôle le zéro
absolu, et parfaitement pitoyable dans ses efforts désespérés de
croire à sa normalité, face au refoulement de la société. Quant à
John, pervers anonyme, qui s'est créé une vie brillante de
débauche par le biais de la petite célébrité de son ami, il occupe
quasiment la position d'un conjoint, avec ce que cela suppose de
jalousies et de sujétion.
Paul Schrader semble attiré par les marginaux pathologiques, mais
observe leurs déviations avec une absence de passion qui confine
souvent à la platitude, voire à l'atonie. Il donne l'impression de
niveler les émotions, les frénésies, les exaltations, ne
s'autorisant qu'à l'extrême fin une libération énergétique. On ne
peut que rapprocher l'itinéraire des protagonistes présents, de
celui des deux amoureux, Colin et Mary, envoûtés par l'énigmatique
Robert (Christopher Walken) ( "Etrange séduction" ).
L'ensemble laisse, ce qui n'était pas le cas pour le film de 1990,
un goût amer de dérisoire et d'insignifiance.