Cinq petits truands, qui oeuvrent dans
des catégories différentes, se rencontrent et décident de
travailler ensemble. Il y a Lino Massaro (Lino Ventura), voleur de
tableaux ; Simon Duroc (Charles Denner), dérobeur de pneus et
"névropathe cyclique" ; Charlot (Charles Gérard, arnaqueur
à l'essence : Aldo (Aldo Maccione), qui ne résiste pas aux petites
voitures, mais grille les "stop" ; et Jacques (Jacques
Brel), qui fait du trafic d'armes en avion. Mais, comme dans toutes
les professions, il est indispensable de se reconvertir
périodiquement. C'est ce que va proposer à ses coéquipiers, Simon,
le théoricine du groupe...
C'est un bonheur toujours renouvelé que de retrouver les cinq
compères dans ce classique. Certes, l'aspect post soixante-huitard
paraît aujourd'hui passablement démodé, d'autant plus que le
réalisateur, volontairement bien sûr, ne travaille pas dans la
finesse, mais dans le gros rouge qui frappe et tache. Mais, si l'on
prend ce film pour ce qu'il est, c'est-à-dire une gigantesque farce,
hyper-caricaturale, entre potaches trentenaires, il devient un
véritable régal.
Les tics de Lelouch et ses séquences pseudo improvisées (l'accident
de Lino et ses échanges en italien avec Aldo, la leçon d'anglais
entre Lino et Charlot, le détournement du Boeing grâce à un Belge
à l'inénarrable accent, le cours de marche et de drague façon
Aldo...), passent ici à merveille, sans encombrer la narration, et se
montrent souvent jouissives, grâce à leur relative brièveté. Même
si l'ensemble se moque ouvertement de la politique
"politicienne", des mouvements extrémistes, c'est la
pochade et le délire qui prennent toujours le pas sur la critique.
Cela nous vaut de nombreuses scènes d'anthologie : le défilé des
personnalités formatrices (des Maoïstes aux Fascistes, en passant
par un Général et un Boufddhiste, le tout synthétisé génialement
par Simon, l'intello (il faut devenir les spécialistes de la clarté
dans la confusion"...!) ; la scène de torture et le rapt de
Ernesto Juarez (Juan-Luis Bunuel), et sa "vente" simultanée
à trois groupes ennemis, suivie à la jumelle, paris à la clé, par
les compères ; l'arrivée en terre africaine... Tout cela fait un peu
désordonné, fabriqué à l'inspiration du moment, et ressemble plus
à une juxtaposition de moments craquants qu'à une véritable trame
romanesque. Il n'en reste pas moins que la complémentarité des
personnalités fait merveille et que, hormis deux ou trois petites
baisses de régime, Lelouch livre là une comédie aussi débridée
qu'hilarante. Quant aux "pensées profondes" des différents
protagonistes, qui oscillent entre le n'importe quoi et l'anarchisme
bon enfant, il en est au moins une sur laquelle chacun pourrait
méditer utilement (c'est Jacques qui la lance à son arrivée en
Afrique : " Le chemin le plus court pour aller de la barbarie à
la décadence passe par la civilisation" ) !