1972, Chicago. Au cours d'un banal incendie, le pompier Dennis
McCaffrey (Kurt Russell) décède. Il laisse orphelins deux fils,
Stephen, l'aîné, et Brian. Vingt ans ont passé. Stephen (Kurt
Russell) a pris la suite de son père et se montre aussi téméraire
que renfermé. Il s'est séparé de sa femme, Hélen (Rebecca de
Mornay), et vit dans le vieux rafiot de son père. Quant à Brian
(William Baldwin), disparu depuis plusieurs années, il réapparaît,
ayant été reçu à l'examen d'entrée dans le corps des pompiers de
Chicago. La tension entre eux est grande. Tandis que le conseiller
Marty Swayzak (J.T. Walsh) prépare sa campagne en vue de conquérir
la mairie, plusieurs morts suspectes, apparemment dues à des débuts
d'incendie, se produisent. Donald Rimgale (Robert de Niro),
surnommé "Shadow", mène une enquête difficile...
Autant le cinéma d'action est abreuvé de tueurs en série,
dynamiteurs ("Blown
away"), dépeceurs en
tous genres, autant il est rare que le milieu des "soldats du
feu" soit pris pour cadre dramatique d'un thriller. Sur ce plan,
on ne peut que s'enthousiasmer pour cette intrigue qui n'est pas d'une
furieuse originalité, mais explore un monde fort mal connu, réserve
d'efficaces montées d'adrénaline, et ne cède pas à un simplisme
que l'on pouvait redouter de prime abord.
Après une mise en bouche des plus classiques : mort violente,
séparation, retrouvailles des deux frères, rancœurs non digérées,
agressivité inéluctable, et première intervention d'un élément
mystérieux, on se dit que, les contours extérieurs étant établis,
la trame psychologique superficielle va céder la place à une
classique chasse à l'homme, meublée des habituelles séquences
spectaculaires qui sont la marque de fabrique de tout thriller qui se
respecte. Ce n'est pas tout à fait vrai, même si le suspense tient
ses promesses. Ron Howard, loin de faire passer au second plan les
comportements de ses protagonistes, approfondit au contraire leurs
caractéristiques propres, n'abandonne jamais l'aspect humain des
agissements, et parvient à conserver jusqu'à la fin une
crédibilité d'excellente tenue dans les relations entre cette
kyrielle de vedettes qui n'écrasent pas l'œuvre de leur aura
mythique. On peut même noter que Scott Glenn et surtout Robert de
Niro, très sobre, sont presque sous-employés. Tout au moins ont-ils
le bon goût de s'effacer devant leurs rôles secondaires. Le face à
face des deux frères, à l'évolution certes prévisible, tient ses
promesses et ne sombre pas dans la facilité stylistique. Stephen est,
de prime abord, une brute épaisse. Face à lui, Brian figure le bon
garçon, désireux de se mesurer à ce grand frère doté d'une
personnalité écrasante. Les relations ne se résument pourtant pas
à cet antagonisme basique. Au fur et à mesure des événements, les
pulsions inconscientes se font jour. Combats incessants au fond
des inconscients : chez Stephen, entre mépris et amour ; chez Brian,
entre lâcheté et persévérance.
Mais ce qui fait le prix de ce film, c'est évidemment son personnage
majeur : à savoir le feu. Si le spectaculaire est présent de façon
percutante et continue, l'accent est mis de manière intelligente sur
l'aspect quasiment humain de cet élément destructeur, ou, plus
exactement, transformateur. Il est, à l'instar d'un serial killer,
l'ennemi vivant, rusé, machiavélique, vicieux, presque intelligent.
Avec le rôle de Ronald Bartel, meurtrier pervers, Donald
Sutherland nous donne l'impression de pénétrer à
l'intérieur d'un "Silence
des agneaux" bis, où
le sinistre "couturier" "Buffalo Bill" serait
remplacé par un homologue pyromane. En fait, si Rimgale, par sa
fonction d'enquêteur, est à la recherche de ce monstre humain,
Stephen, lui, est davantage en lutte contre le feu lui-même, qui est
la manifestation extérieure, ardente et provocatrice, de ses
démons intérieurs et de sa détresse intense.
Une histoire fascinante et passionnante de bout en bout.
Le film sur IMDB