Redmond Barry (Ryan O'Neal) est un jeune
Irlandais assez infatué de sa personne. Il s'éprend de la belle Nora
Brady (Gay Hamilton), mais celle-ci est également courtisée par le
capitaine Quin (Leonard Rossiter). Etant donné que la famille est
endettée, et que le capitaine offre son argent, l'affaire est vite
conclue. Redmond provoque le capitaine en duel et le tue. Enfin... le
croit. Il s'enfuit, s'engage dans l'armée anglaise, part en Europe pour
la guerre de sept ans, déserte, endosse l'habit de soldat prussien et
devient plus ou moins espion, puis l'ami du Chevalier de Balibari
(Patrick Magee), un compatriote exilé, dont la passion est de tricher
aux cartes...
Si j'excepte "Shining" et,
dans une certaine mesure "2001,
Odyssée de l'espace", je n'ai jamais été très sensible à
l'univers cinématographique de Stanley Kubrick qui ne correspond guère
à mes goûts intérieurs. Et ce n'est pas ce Barry Lyndon, que je n'avais
encore jamais vu, je l'avoue, qui bouleversera la
donne.
Cette fresque est assurément d'une grande beauté formelle. Il est
inutile de revenir sur l'éclairage à la bougie des scènes d'intérieur
et autres caractéristiques voulues par le réalisateur que l'on sait
pointilleux et entier dans ses choix. Pour les passionnés de peinture
(dont je ne suis pas), cette oeuvre est un ensemble de tableaux
assurément remarquables, impression encore renforcée par le fait que
chacun est délicatement séparé du suivant par le commentaire en voix
off du narrateur. Un peu à la manière musicale des "Tableaux d'une
exposition" de M. Moussorgsky, dont les séquences sont entrecoupées du
thème de la "promenade". Il y a d'ailleurs adéquation parfaite entre
ces scènes de vie que l'on dirait parfois figées sur une toile et le
peu de mouvement qui les anime. Celui-ci semble réduit au strict
minimum, comme s'il devait provoquer le moins d'agitation
possible dans ce décor compassé. Même dans les scènes de duels, dans
celles des batailles, il y a une économie de mouvement qui confine à
l'avarice pure. Les gestes, les pas semblent comptés et quasi
millimétrés. Tout comme dans "2001", la suspension du temps apparaît
comme un élément majeur.
C'est de ce choix que naissent les deux caractéristiques qui font que
cette oeuvre, certes admirable, ne trouve pas en moi beaucoup de
résonance : d'une part un ennui certain, distingué mais pesant,
mortifère, à l'image de son parti-pris de détachement, et, surtout,
d'autre part, son absence presque totale d'émotion. L'aspect glacé qui
enveloppe les images se retrouve logiquement dans l'expression du
tempérament des protagonistes. Ryan O'Neal, loin des débordements
lacrymaux de "Love story", traverse cette aventure, somme toute
picaresque, comme un robot inexpressif, ce qui est en tous points
conforme à l'harmonie globale, mais provoque immanquablement un
désintérêt pour cette personnalité glaciale. Même sa réaction sensible
lorsqu'il fait connaissance du Chevalier de Balibari, apparaît comme
extérieure, superficielle. Tous les élans, tous les mouvements du coeur
de ces êtres qui traversent des situations dramatiques semblent
compressés, bridés par la main du maître de cérémonie qui les anime
sous nos yeux.
Même la musique, monotone et lancinante, mélange d'airs traditionnels
irlandais et d'oeuvres classiques de Schubert, Bach, Vivaldi, Paisiello
ou Haendel, qui souligne constamment les images en accentuant encore si
possible leur monotonie, me semble épuisante par sa répétitivité
obsessionnelle et sa rigidité formelle (en particulier celle
qui accompagne les scènes soldatesques). Comble de
l'écœurement, le sublime trio opus 100 de Schubert qui finit par
agresser et irriter les tympans, dans sa réapparition pathologique qui
l'apparente au mouvement perpétuel d'un esprit malade.
Le choix tout à fait respectable d'un réalisateur exigeant et original.
Mais mon coeur et ma sensibilité me dirigent vers des oeuvres à
l'expression tout à fait différente...