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" Barry  Lyndon ",   1975,

de : Stanley  Kubrick,

avec : Ryan O'Neal, Marisa Berenson, Patrick Magee, Hardy Kruger

 Musique : Leonard  Rosenman, J.S.Bach, G.F.Haendel, F.Schubert...

*******

    

    Redmond Barry (Ryan O'Neal) est un jeune Irlandais assez infatué de sa personne. Il s'éprend de la belle Nora Brady (Gay Hamilton), mais celle-ci est également courtisée par le capitaine Quin (Leonard Rossiter). Etant donné que la famille est endettée, et que le capitaine offre son argent, l'affaire est vite conclue. Redmond provoque le capitaine en duel et le tue. Enfin... le croit. Il s'enfuit, s'engage dans l'armée anglaise, part en Europe pour la guerre de sept ans, déserte, endosse l'habit de soldat prussien et devient plus ou moins espion, puis l'ami du Chevalier de Balibari (Patrick Magee), un compatriote exilé, dont la passion est de tricher aux cartes...

    Si j'excepte "Shining" et, dans une certaine mesure "2001, Odyssée de l'espace", je n'ai jamais été très sensible à l'univers cinématographique de Stanley Kubrick qui ne correspond guère à mes goûts intérieurs. Et ce n'est pas ce Barry Lyndon, que je n'avais encore jamais vu, je l'avoue, qui bouleversera  la donne. 

    Cette fresque est assurément d'une grande beauté formelle. Il est inutile de revenir sur l'éclairage à la bougie des scènes d'intérieur et autres caractéristiques voulues par le réalisateur que l'on sait pointilleux et entier dans ses choix. Pour les passionnés de peinture (dont je ne suis pas), cette oeuvre est un ensemble de tableaux assurément remarquables, impression encore renforcée par le fait que chacun est délicatement séparé du suivant par le commentaire en voix off du narrateur. Un peu à la manière musicale des "Tableaux d'une exposition" de M. Moussorgsky, dont les séquences sont entrecoupées du thème de la "promenade". Il y a d'ailleurs adéquation parfaite entre ces scènes de vie que l'on dirait parfois figées sur une toile et le peu de mouvement qui les anime. Celui-ci semble réduit au strict minimum, comme s'il  devait provoquer le moins d'agitation possible dans ce décor compassé. Même dans les scènes de duels, dans celles des batailles, il y a une économie de mouvement qui confine à l'avarice pure. Les gestes, les pas semblent comptés et quasi millimétrés. Tout comme dans "2001", la suspension du temps apparaît comme un élément majeur. 

    C'est de ce choix que naissent les deux caractéristiques qui font que cette oeuvre, certes admirable, ne trouve pas en moi beaucoup de résonance : d'une part un ennui certain, distingué mais pesant, mortifère, à l'image de son parti-pris de détachement, et, surtout, d'autre part, son absence presque totale d'émotion. L'aspect glacé qui enveloppe les images se retrouve logiquement dans l'expression du tempérament des protagonistes. Ryan O'Neal, loin des débordements lacrymaux de "Love story", traverse cette aventure, somme toute picaresque, comme un robot inexpressif, ce qui est en tous points conforme à l'harmonie globale, mais provoque immanquablement un désintérêt pour cette personnalité glaciale. Même sa réaction sensible lorsqu'il fait connaissance du Chevalier de Balibari, apparaît comme extérieure, superficielle. Tous les élans, tous les mouvements du coeur de ces êtres qui traversent des situations dramatiques semblent compressés, bridés par la main du maître de cérémonie qui les anime sous nos yeux.

    Même la musique, monotone et lancinante, mélange d'airs traditionnels irlandais et d'oeuvres classiques de Schubert, Bach, Vivaldi, Paisiello ou Haendel, qui souligne constamment les images en accentuant encore si possible leur monotonie, me semble épuisante par sa répétitivité obsessionnelle et sa rigidité formelle (en particulier celle qui  accompagne les scènes soldatesques). Comble de l'écœurement, le sublime trio opus 100 de Schubert qui finit par agresser et irriter les tympans, dans sa réapparition pathologique qui l'apparente au mouvement perpétuel  d'un esprit malade.

    Le choix tout à fait respectable d'un réalisateur exigeant et original. Mais mon coeur et ma sensibilité me dirigent vers des oeuvres à l'expression tout à fait différente...

Bernard  Sellier              

  

 

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