Le Seigneur Leonato (Richard Briers), père de
la belle Hero (Kate Beckinsale) et oncle de Béatrice (Emma Thompson)
voit arriver dans sa demeure, de retour de guerre, Don Pedro d'Aragon
(Denzel Washington), accompagné de son frère Don Juan (Keanu Reeves),
avec lequel il s'est récemment réconcilié, et de ses compagnons, parmi
lesquels Benedick (Kenneth Branagh), Claudio (Robert Sean Leonard). Ce
dernier devient immédiatement amoureux fou de Hero. Don Pedro fait la
déclaration pour le compte du jeune homme et le mariage est fixé pour
le surlendemain. Don Juan, aigri et méchant, complote la ruine de
l'union. Pendant ce temps, Béatrice et Benedick font assaut
de moqueries et d'insultes réciproques...
Il y a bien longtemps que je n'ai pas lu la pièce de Shakespeare dont
est tirée cette oeuvre. Est-elle fidèle à l'original, je l'ignore et
j'avoue que cela m'importe bien peu, tant la joie qui explose de ce
film balaie tout désir d'investigation littéraire. Dès l'ouverture, la
voix charmeuse de Béatrice récitant, dans un chant murmuré,
l'inconstance des hommes, est un moment de ravissement. Et le
ravissement imprègne l'ensemble de cette tragi-comédie dans laquelle
saignent les coeurs, hurlent les joies, s'invectivent les esprits
brillants, virevoltent les bons mots, avec un entrain des plus
communicatifs. Qu'importe les artifices du théâtre, ses conventions, le
joyeux cabotinage délirant et assumé de Benedick ou, bien plus encore,
de l'abracadabrant "Dogberry" (Michael Keaton), ils sont dissipés par
une énergie de vie prodigieuse qui piétine toute contestation sur son
passage.
Le temps est aboli. Que la scène se déroule au Moyen-Age ou au
vingtième siècle, quelle importance ? Les émotions, les sentiments qui
jaillissent des poitrines sont universels, transcendent les
millénaires et l'espace. Rarement la caricature des
personnages et la schématisation des élans humains ont eu la faculté de
conduire à une telle impression de réalité individuelle, comme si
chaque trouble, chaque exaltation affichée par l'un des acteurs
entrait, par sa simplicité d'expression et sa stylisation extrême, en
résonance avec sa correspondance éternelle en chacun de nous. En un
éclair, on passe de la détresse la plus profonde à l'exubérance la plus
follement débridée, et le bouleversement de notre cœur suit celui des
personnages tel une ombre fidèlement compatissante.
La richesse de la distribution devient une cerise sur le gâteau presque
superflue, tant chacun des instruments brillants qui illuminent le film
se fond dans une orchestration homogène, cohérente et
harmonieuse.
La musique de Patrick Doyle contribue à faire de cette réalisation un
enchantement, un moment de pur bonheur à l'état naissant, qui dilate
les coeurs et embrase les âmes.