1775. Le règne de Louis XV (Michel Serrault) se termine. Monsieur de
Beaumarchais (Fabrice Luchini) tente de faire jouer ses pièces tout
en préparant des pamphlets contre la corruption du Parlement et en
troussant les demoiselles qui se présentent. Il prend à ses côtés,
comme chroniqueur, le jeune Gudin (Manuel Blanc) qui lui est envoyé
par Voltaire...
Quelle distribution ! Edouard Molinaro a réussi à concentrer dans
son film tout le gratin du cinéma et du théâtre français. Et pour
quel résultat ! Une histoire décousue, composée de minuscules
saynètes inconsistantes, mises bout à bout sans aucun sens de la
progression, du rythme, de l'intensité comique ou dramatique, et,
même sans logique, au point que certains passages semblent arriver
comme un cheveu sur de la soupe. On passe des problèmes
théâtraux à un procès, puis à une vague histoire d'amour pour
foncer dans une aventure londonienne d'espionnage, bifurquer sur une
aide aux Américains, une rencontre éclair avec Benjamin Franklin
sortant de son bain... Tout cela emboîté à la "va comme je te
pousse", sans l'ombre d'un approfondissement ou même d'une
joyeuse folie qui aurait agréablement pallié la superficialité du
propos. Fabrice Luchini survole sans passion, avec une désinvolture
qui ressemble parfois fort à de l'indifférence, ce personnage bien
falot qui tient du pantin opportuniste, et virevolte en tous sens dans
des piécettes sans envergure ni intérêt.
On en est alors réduit à attendre les apparitions, quelquefois
rachitiques, de tous ces merveilleux acteurs qui passent le temps d'un
mot ou d'un geste, si rapidement qu'il est parfois difficile de les
reconnaître : tiens, Jean-Claude Brialy en religieux ; ah, Dominique
Besnehard en Louis XVI zézayant ; Michel Piccoli en Prince de
Conti ; Jacques Weber en Duc de Chaulnes, vif du jarret et de l'épée
; tiens, Claire Nebout en Chevalier d'Eon, une bonne idée ; et puis
Martin Lamotte, Guy Marchand, Alain Chabat, José Garcia, Isabelle
Carré, Evelyne Bouix, Marc Dudicourt, Murray Head, Patrick
Bouchitey... bref, une avalanche artificielle autant qu'inutile de
talents, qui ne donne naissance qu'à une oeuvre éclatée, futile,
sans grâce ni, ce qui est sans doute le plus grave pour un récit
consacré à l'un de nos grands auteurs, sans la moindre poésie. Les
dialogues sont ternes, les raccourcis scénaristiques frustrants, les
situations médiocrement exploitées, et quelquefois à la limite de
l'aberration logique.
Les vingt dernières minutes se recentrent quelque peu et apportent
une petite compensation théâtrale mais, dans l'ensemble, c'est
prétentieux, compassé et, pis que tout, ennuyeux. En un mot, un
triste gâchis !