Lucie (Liv Tyler), 19 ans, dont la mère Sarah est
morte, arrive en Toscane, dans une grande propriété où elle était venue
quatre ans plus tôt. Elle y retrouve Ian (Donal McCann), qui souhaite
faire son portrait, Diana (Sinead Cusack ), Miranda (Rachel
Weisz ) et son conjoint Richard Reed (D.W. Moffett ), Guillaume (Jean
Marais), un vieux marchand d'art solitaire, Alex Parri (Jeremy Irons),
écrivain au bord de la mort. Puis arrive Niccolo Donati ( Roberto
Zibetti), dont elle se sentait jadis très proche. Elle fait aussi la
connaissance de Carlo Lisca (Carlo Cecchi ), dont sa mère recevait des
lettres. Elle paraît être à la poursuite d'un mystère...
Il y a effectivement un mystère dans cette oeuvre, mais ce n'est pas
vraiment celui qu'on croit. Bertolucci a souvent été attiré par la
souffrance qui naît d'une détresse intérieure profonde. C'était le cas
du personnage incarné par Marlon Brando dans "Dernier tango à Paris". C'était aussi celui
de Port et Kit Moresby, dans "Un thé au Sahara". Tous ces êtres
déboussolés cherchaient un échappatoire à leur désespérance, soit dans
une sexualité autiste, soit dans une errance pathologique. Mais, dans
l'un et l'autre cas, si l'attention décrochait parfois devant la béance
existentielle dont aucune clé ne nous était fournie, le spectateur
parvenait tout de même à entrer un tant soit peu dans le drame et la
quête de ces individus.
Ici, c'est quasiment le néant absolu. Durant le premier tiers,
apparaissent sans discontinuer de nouveaux personnages, qui
s'embrassent, semblent heureux de se retrouver, mais dont on ne perçoit
nullement l'intérêt (qu'est-ce que vient faire Jean Marais, là-dedans ?
Un petit numéro de vieux bougon déjanté...). Tous parlent, se
promènent, s'agitent, sans que l'ombre d'une direction pointe le
museau. On se dit que, forcément, un moment viendra où les petits bouts
du puzzle se mettront en place, donneront naissance à un tableau
signifiant. Même pas. Au bout de cent minutes, on désespère, et on ne
peut que se faire une raison : Bertolucci n'a pas l'intention d'arriver
quelque part. Toute cette panoplie de personnages qui virevoltent
autour de Lucie ne génèrera jamais autre chose qu'une ronde plate et
sans aucune saveur. Le mystère qu'apparemment vient résoudre la jeune
fille n'est qu'une baudruche qui s'évapore sans même avoir gonflé. Au
sein de ce néant, certes agréable à regarder (les paysages de Toscane
sont magnifiques), seul Alex Parri émerge. Il est au bord de la mort,
et semble pourtant le seul véritable vivant. Tous les autres (à
l'exception peut-être de Ian), sont d'une banalité déconcertante. La
faute ne leur en incombe aucunement. Le responsable est le scénario,
beaucoup trop lisse pour provoquer chez le spectateur un début
d'émotion vraie. Et ce n'est pas le vague érotisme mondain nimbant
l'ensemble, qui peut sauver d'un ennui omniprésent...