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Un armateur (Marcel André) a
trois filles, Félicie (Mila Parély), Adélaïde (Nane Germon), Belle
(Josette Day) et un fils Ludovic (Michel Auclair). Félicie et Adélaïde
sont deux pimbèches orgueilleuses qui jouent les grandes dames, tandis
que leur soeur, à l'instar de Cendrillon, s'épuise aux travaux du
ménage. Leur père est ruiné. Un jour, on annonce le retour inespéré de
l'un de ses bateaux. Il accourt au port, mais apprend que les usuriers
ont déjà mis le grappin sur ce qui leur était dû et qu'il ne reste
rien. Désespéré, il revient chez lui de nuit, se perd dans la forêt et
pénètre dans un château mystérieux dont le propriétaire est un hideux
monstre mi-homme, mi-animal. Ayant cueilli une rose que lui avait
demandée Belle, la Bête le condamne à mort, à moins qu'une de ses
filles n'accepte de venir prendre sa place au château. Belle accepte.
Chaque soir, la Bête lui demande si elle accepte de l'épouser, et
chaque soir, elle refuse...
Etrange film, devenu culte, qui génère à la fois l'émerveillement et
l'agacement.
Emerveillement pour ces décors mêlant le rêve et la réalité, la mort et
la vie, la laideur et la grâce, la violence et la paix. Il est
difficile d'oublier les candélabres supportés par des bras vivants
surgis des murs nus, les visages sculptés qui suivent les personnages
du regard, ce miroir magique qui donne à celui qui regarde, la vision
de son âme. Et puis cette Bête, au maquillage remarquable, symbole de
la souffrance de celui qui n'est perçu que par les apparences. Et
celles-ci ne sont pas vraiment flatteuses, il faut le reconnaître ! La
poésie, l'émotion, surgissent à des moments furtifs. Bien rares...
Agacement parce que tout cela est quand même bien artificiel,
prévisible, et qu'à mon goût, la forme l'emporte beaucoup trop sur le
fond. Le risque majeur avec le conte filmé est que le détachement du
monde réel quotidien, qui est son principe de base obligatoire, ne
s'accompagne d'une trop grande faille dans la résonance de l'univers
onirique avec notre ressenti d'humain. C'est, à mon sens, ce qui se
passe ici. Même en ce qui concerne les dialogues, on aurait pu
s'attendre de la part du poète qu'était Jean Cocteau à une plus grande
richesse. Le moins qu'on puisse dire est que le texte ne laisse pas un
souvenir impérissable ! Sans compter une musique quasi-permanente et,
pour moi, horripilante, mélange de choeurs informes d'outre-tombe et de
mélodies vaguement Debussystes, qui submerge les scènes entre la Belle
et la Bête tout en noyant le petit peu d'émotion qui s'en dégage.
Question d'époque, de tempérament, de sensibilité... ? Toujours est-il
que cette oeuvre, dont je conçois parfaitement qu'elle puisse être
portée aux nues par certains esthètes, n'entre pas vraiment en harmonie
avec mes goûts intérieurs...