Une réunion inter-planètes a lieu sur une
montagne d'un astre lointain. Divers messagers sont envoyés sur
d'autres planètes pour diverses missions, mais personne ne veut aller
sur la terre qui n'a pas été visitée depuis plus de deux cents ans. La
civilisation y est beaucoup trop arriérée ! Mila (Coline Serreau) dont
la mère était terrienne, décide de se porter volontaire. Elle atterrit
à Paris et découvre le monde contemporain avec stupéfaction...
Voilà le type de film que tout humaniste est prêt à aimer, que tout
amoureux de l'écologie est prêt à défendre, dont les intentions sont on
ne peut plus louables, et dont le résultat porte, à mon sens bien sûr,
aux limites de l'agacement. Tout se passe comme si la réalisatrice (et
scénariste) avait fait un listing de toutes les aberrations (bien
réelles) de notre société (pollution, égoïsme, abrutissement
télévisuel, bruit, manque de communication, crottes de chien, massacre
des animaux, malhonnêteté, cruauté, la liste est quasi infinie...),
avait mixé le tout, et casé tant bien que mal cette mélopée de nos
tares dans quatre vingt minutes de pellicule. Chaque dénonciation étant
habillée, si l'on peut dire, de gags plus ou moins fins, mais toujours
répétitifs. L'accumulation d'évidences, même profondément justes,
devient amoncellement de clichés lorsqu'elle est jetée n'importe
comment, avec outrance et gros sabots. Bâtir un film riche et
intelligent avec une idée : critiquer les erreurs de l'humanité, et,
surtout, un seul gag : on secoue la tête et, hop ! l'ignorant voit la
réalité, relève de la gageure impossible !
Certes, il est possible d'extirper de ce fatras quelques moments de
poésie (Mila se ressourçant au contact des bébés, la séance
d'exercices physiques sur la planète verte, par exemple), ou de
drôlerie, mais à côté de cela, que de scènes horripilantes qui vont du
simplisme au grotesque pur et stupide (le match de foot final). Coline
Serreau retombe ici, surtout au cours de la seconde moitié du film dans
le travers déjà présent dans son précédent film : "la crise", à savoir
un goût pour les scènes choc, hyper-exagérées, surjouées, qui perdent
toute crédibilité à cause de leurs excès, et, souvent, ne sont même pas
drôles, tant elles transpirent l'artifice et l'absence de naturel.
C'est le cas du pétage de plombs de Patrick Timsit, de l'émission
"Téléarc", ou de la discussions politique.
Pour ce qui est du fond, là aussi, une certaine distanciation est
utile. La dénonciation de tous les aspects négatifs du monde actuel est
assurément juste et bienvenue, c'est indéniable. En revanche, cette
propension à juger idéal un retour à l'état naturel, au stade du "bon
sauvage" se nourrissant de baies et passant ses deux cents cinquante
années de vie à se baigner dans un lac, est pour le moins
singulièrement régressive (même si des cours de télépathie sont ajoutés
!). C'est un peu le message véhiculé par le livre de Marlo Morgan :
"Message des hommes vrais au monde mutant". Et je ne partage pas cette
vision idyllique et réductrice de l'évolution. La vie est perpétuelle
évolution, totale expérimentation des possibles qui naissent dans notre
esprit, même à travers les erreurs et les défauts majeurs. Et ce n'est
pas dans un passé lointain (cf. les deux fils de Mila accueillis dans
le désert par une peuplade antique) que nous trouverons la solution des
problèmes que nous avons causés, mais dans un futur que nous créons à
chaque instant, et qui se situera forcément à une octave
supérieure de l'évolution, et non inférieure.
A la sortie, irritation et déception...