Le Prince Judah Ben-Hur, issu d'une des plus nobles et riches
familles de Judée, retrouve avec joie son camarade d'enfance, le
Romain Messala, revenu de la "capitale du monde". Mais ce
bonheur est de courte durée. Les deux adolescents insouciants ont
fait place à deux hommes que leurs cultures, leurs tempéraments et
leurs responsabilités opposent. Messala veut obtenir l'aide de Judah
pour arrêter les opposants à l'hégémonie romaine, ce que celui-ci
refuse totalement. Lors d'un défilé organisé par les occupants, une
tuile tombe accidentellement du palais des Hur sur le cortège.
Heureux de ce prétexte, Messala fait arrêter Judah et toute sa
famille. Le jeune homme est condamné aux galères à perpétuité...
Cette fresque, démesurée sur de nombreux plans, a définitivement
imprimé sa marque sur le cinéma, grâce à son réalisme
spectaculaire, à son gigantisme (qu'il partage avec des réalisations
telle "Cléopâtre" ou "Les dix commandements"),
qualités qui ne seront plus jamais reproduites puisque désormais, le
virtuel numérique règne en maître, mais surtout grâce à sa
noblesse inspirée.
Il serait d'ailleurs dommage, pour ceux qui n'ont peut-être pas
encore découvert ce chef-d'oeuvre, que les scènes fortes et, avec
juste raison, célèbres, telles la bataille navale et, bien
évidemment, la course de chars, occultent la sensibilité profonde
qui sous-tend constamment la trame romanesque. William Wyler a réussi
l'exploit de mêler intimement et avec intelligence, un drame
personnel qui confine à la tragédie avec l'Histoire dans l'un de ses
moments cruciaux ; de faire cohabiter tout au long de ces 210 minutes
l'émotionnel et le spectaculaire sans jamais déséquilibrer une
narration fluide alternant le démesuré avec de magnifiques scènes
intimistes ; et, il est bon de le préciser également, d'éviter
totalement le "pompier-limite-grotesque" de certaines
superproductions de l'époque...
Il faut dire aussi que Charlton Heston, manifestement éclairé de
l'intérieur, livre une composition inoubliable, que ce soit dans les
exploits physiques ou dans les épreuves douloureuses que la cruauté
de Messala a imposées à ses proches. Comment bannir de sa mémoire
ces moments merveilleux qui illuminent le récit et élèvent l'âme :
la rencontre, dans le désert, avec Celui que l'on ne voit pas, mais
que l'on sait être Jésus, non encore devenu Christ ; le retour dans
le palais, splendeur devenue ruine abandonnée ; ou encore la
découverte de sa mère et de sa soeur, condamnées à vivre à l'abri
de tout regard humain ; sans oublier, cela va de soi, un finale
bouleversant !
Assurément un des films majeurs de l'histoire du cinéma.
Pour l'anecdote, on peut noter qu'il est un des rares à avoir été
tourné dans un format (2,70:1) plus étiré encore que le
Cinémascope classique, pourtant déjà passablement "large"
(2,35:1)...