Jack Mc Gurn (Dennis Quaid) est un
syndicaliste virulent dans les années 30 aux Etats-Unis. Sa violence
naturelle d'Irlandais lui vaut quelques ennuis. Il rend visite à son
frère avec lequel il a peu d'atomes crochus puis se fait engager comme
projectionniste dans le cinéma d'un Japonais, Hiroshi Kawamura (Sab
Shimono). Il devient éperdument amoureux de Lily (Tamlyn Tomita), l'une
des filles de Kawamura. Mais ce dernier a projeté de d'accorder la main
de son enfant à un vieillard riche, ce qui lui permettrait d'apurer ses
dettes de jeu...
Fresque sentimentale, sociale et historique, cette oeuvre ne manque pas
de belles qualités. Une reconstitution vivante et sensible du milieu
extrême-oriental de l'entre deux guerres en Amérique, une belle
histoire d'amour soutenue par des acteurs très convaincants (Tamlyn
Tomita est d'une élégance radieuse), un contexte historique que l'on
connaît fort peu, une peinture fine des traditions immémoriales qui
figent les comportements. Et, malgré cela, une vision récente a quelque
peu tempéré l'enthousiasme que j'avais jadis ressenti à la vue de ce
film. La principale cause en est une certaine langueur narrative et un
scénario somme toute peu riche, qui plombent le récit et l'empêchent de
décoller émotionnellement. Si l'on excepte quelques moments éruptifs
fugaces, tout cela se traîne un peu. Qui plus est, la forme adoptée par
Alan Parker, à savoir un long flash back retraçant l'histoire
du couple, supprime tout suspense, puisque l'on sait dès la première
minute que le happy end est de rigueur, et renforce encore l'aspect
débonnaire et tranquille de cette fresque somme toute
tragique.
C'est très beau, accompagné par la délicate musique de Randy Edelman,
mais en définitive assez déconcertant et surtout étonnamment lisse,
d'autant plus que le souvenir de "Angel Heart", tourné trois ans
auparavant, a posé une marque indélébile, grâce à son inventivité
sulfureuse et passionnelle.