Il y a un certain nombre
d'années que je ne m'étais pas plongé dans l'univers particulier de
Bigard, dont j'avais gardé un assez bon souvenir des débuts et des
premiers sketches.
Quelle déception ! Non pas tellement pour la vulgarité, réelle, que
certains lui reprochent. Laurent Gerra n'est pas toujours non plus du
meilleur goût. Mais là n'est pas le plus important à mon
sens.
Je suis resté stupéfait devant un mystère dont je n'ai pas
actuellement la clé : comment Bigard est-il capable de tenir une
salle de cette dimension, pendant deux heures, avec... quasiment rien
! Du vide intersidéral ! Si on excepte deux ou trois séquences (dont
le célèbre et douteux "lâcher de salopes"), qui
paraissent quelque peu écrites, tout le reste n'est qu'une suite de
propos à bâtons rompus, de généralités vaseuses dignes de ce
qu'on pourrait entendre au zinc d'un bistrot, avec prise à parti
constante des spectateurs, histoire de remplir le néant environnant
et de ne pas laisser retomber la mayonnaise, qui ne demande que ça.
L'ensemble est d'une pauvreté textuelle et même narrative absolument
déconcertante. J'ai réussi à tenir les cent vingt minutes, grâce
à l'abattage vocal de Bigard, mais avec quelle peine !
Il est évident que visualiser un spectacle sur son petit écran de
télévision, assis sur le canapé, noix de cajou en mains, ou
assister au même spectacle, dans une salle comble, au milieu de cinq
mille personnes pliées en deux, est totalement différent. Mais tout
de même ! Je parie que n'importe quel "comique" n'ayant pas
l'aura (difficilement justifiable, pour moi !) de Bigard, se verrait,
dans une situation semblable, expulser avec jets de tomates pourries
et sifflements agressifs à la clé ! Et dire qu'il va se
produire au Stade de France ! Stupéfiant...