Anna (Nicole Kidman) est sur le point
d'épouser (après plusieurs années d'hésitation) Joseph (Danny Huston).
Un jour, alors que la jeune femme fête avec sa sœur Laura (Alison
Elliott) l'anniversaire de leur mère, Eleanor (Lauren Bacall), un petit
garçon d'une dizaine d'années, Sean (Cameron Bright), s'introduit dans
l'appartement et demande à lui parler seul à seule. Il lui révèle qu'il
est Sean, son mari décédé d'une crise cardiaque dix ans plus tôt.
D'abord agressive, Anna finit, au bout de quelques jours, par croire à
l'impossible, d'autant plus que l'enfant connaît des détails intimes
dont elle n'avait parlé à personne. Cette situation ne réjouit
évidemment guère le futur époux...
Allions-nous enfin, avec ce film, être gratifiés de l'œuvre moderne,
intelligente, passionnante sinon passionnelle, envoûtante, que mérite
le sujet de la réincarnation. Il est à noter que cette conception
évolutive du conscient vivant et humain, qui revêt des formes très
diverses (allant jusqu'à la métempsycose, qui admet le retour possible
dans un règne "inférieur" à celui précédemment occupé), possède une
origine très ancienne. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est
que, contrairement à nombre de ses consœurs (terre plate, luminaires
accrochés au ciel...), qui ont rapidement été infirmées, cette
hypothèse, loin d'être contredite par la science, semble de plus en
plus en adéquation avec les nouvelles avancées physiques, qui auraient
tendance à envisager une permanence de la mémoire, une forme de "suivi"
de conscience. Sur un plan plus "humain", les milliers d'enquêtes
effectuées par Ian Stevenson sur des personnes se remémorant leurs vies
passées ("20 cas suggérant le phénomène de réincarnation"), viennent
également soutenir, voire renforcer cette théorie, qui demeure
toujours, pour la majorité des Occidentaux, une farce grossière.
Pour reprendre la question primordiale, "Birth" allait-il bouleverser
notre scepticisme, ou, tout au moins, notre émotionnel ? Une ouverture
ascétique et sobre. Une Nicole Kidman dont on ressent, dès les
premières minutes, l'intense implication. Un refus du spectaculaire, qui
renforce la crédibilité générale, se maintient jusqu'à la fin et constitue
l'une des qualités du film... Tout se présentait sous les meilleures
auspices.
Malheureusement, la réponse à la question est : non ! L'image de cette
ombre impersonnelle que l'on voit de dos, dès les premières secondes,
courant sur un sol gelé dans un parc désert, donne le ton qui gangrène
le récit : la froideur. Si l'on fait abstraction du feu que l'on devine
rongeant le cœur d'Anna, et que Nicole Kidman traduit avec une
subtilité bouleversante, tout l'environnement n'est qu'une steppe
glaciale où évoluent des personnages sans épaisseur, qui sont, au
mieux, des rouages secondaires (Clara, Joseph), au pire des présences
dont on voit mal l'intérêt. C'est particulièrement le cas de Clifford
(Peter Stormare), qui, de prime abord, semble porteur d'un profond
secret, mais qui, in fine, se révèle quasiment inutile.
L'intrigue elle-même, porteuse de promesses, prend un virage qui n'est
pas sans faire penser au "Village" de Night Shyamalan, et
laisse retomber un soufflé qui, grâce à Nicole Kidman, commençait à
lever efficacement. La mise en scène, dépouillée à l'extrême, mais bien
languissante, semble traquer l'invisible, l'indicible, au creux des
visages. En quête d'une improbable ascèse, elle ménage des plages
d'immobilisme qui se veulent des moments d'introspection inspirée, mais
ressemblent bigrement à des passages à vide.
Reste le cas de Sean. Personnalité intéressante, mais choix de l'acteur
étonnant. Certes, il s'intègre parfaitement dans le style général de
l'œuvre, mais son regard figé et sa physionomie inexpressive finissent
par peser lourdement sur un ensemble présumé tragique, qui ne brille,
ni par son élan intérieur, ni par son éclat extérieur. Vraiment dommage
que seule cette merveilleuse Anna illumine une réalisation
étrangement éteinte.