Une nouvelle
création du célèbre ballet "Le Lac des cygnes" va être effectuée par le
chorégraphe français Thomas Leroy (Vincent Cassel). Sa première
initiative est de donner congé, en raison de son âge, à celle qui l'a
précédemment immortalisé, Beth Macintyre (Wynona Ryder). La seconde
action est de choisir la ballerine qui incarnera l'héroïne double de
l'histoire. Nina Sayers (Natalie Portman) aspire intensément à être
sélectionnée, mais ses premières exhibitions du "cygne noir" laissent
Thomas plus que dubitatif...
Tout comme c'était déjà le cas dans son précédent film, "The Wrestler", Darren Aronofsky délaisse les méandres complexes de "The Fountain",
pour se concentrer sur une intrigue simple et linéaire. Mais, en
l'occurrence, simplicité ne signifie aucunement pauvreté. Si le
scénario évoque à la fois "Le Concert" pour la souffrance émotionnelle qu'impose l'implication artistique dans une oeuvre, "La tentation de Venus" pour l'immersion dans les facettes multiples de la femme, ou encore "Carrie"
pour les conséquences pathologiques qui naissent d'une éducation
rigoriste et castratrice, l'oeuvre cinématographique qui en résulte est
beaucoup plus foisonnante et somptueuse que ces quelques réminiscences
le laisseraient supposer.
Quête désespérée de la reconnaissance, de sa propre
identité psychologique, sexuelle, du plaisir, de la force intérieure,
et surtout de la perfection,
apprentissage du discernement entre imaginaire et perception objective,
de la reconnaissance puis de l'acceptation des zones sombres de la
personnalité, toutes ces composantes se mêlent, s'entrechoquent, se
bousculent dans un ballet morbide qui bascule rapidement de la
blancheur ingénue à la noirceur désespérée. Dire que Natalie Portman se
révèle sidérante dans l'incarnation de cet être aux multiples visages,
est une expression faible. Elle paraît vivre jusque dans ses tripes,
jusqu'au fond de son âme les tempêtes extérieures et intérieures
qui balaient progressivement les ancrages fragiles qui tenaient jusque
là son être dans un équilibre factice. Les quelques personnages qui
entourent la jeune ballerine, manifestent à la fois une présence
intense (l'ambigu Thomas qui tente par tous les moyens de faire jaillir
la nature profonde de son héroïne, la non moins ambiguë Lily (Mila
Kunis) qui souffle le chaud et le froid sur sa rivale), mais aussi un
effacement manifeste. Cet équilibre subtil induit avec pertinence l'une
des clés de l'oeuvre : la quête de perfection est une prison aux
dorures clinquantes, dans laquelle officie le plus implacable et le
plus cruel des bourreaux : soi-même...
Une merveille de beauté, de grâce et de vertige psychotique.
Film sur
IMDB
Bernard
Sellier
nard Sellier