1956, dans un kibboutz en
Israël. Une jeune femme, Ronnie (Halina Reijn), visite les lieux en
touriste avec son mari. Dans la personne d'une institutrice, elle
reconnaît une jeune femme, Rachel Stein (Candice van Houten) connue
douze ans plus tôt en Hollande, pendant les derniers temps de
l'occupation nazie. Cherchant à échapper à la déportation, Rachel se
cachait dans une ferme. Obligée de fuir après la disparition tragique
de ses hôtes, elle est aidée par Van Gein (Peter Block), qui organise
des convois pour faire passer les Juifs en Belgique. Parmi les
passagers, Rachel retrouve ses parents dont elle était sans nouvelles.
Mais un patrouilleur allemand survient, commandé par le lieutenant Günther
Franken (Waldemar Kobus). Tous les fugitifs sont exécutés. Seule
Rachel parvient à échapper au massacre. Elle est recueillie par un
groupe de résistants, dirigé par Gerben Kuipers (Derek de Lint)...
Au premier abord, le sujet évoque "Une
lueur dans la nuit" de David Seltzer. Mais toute ressemblance
entre les deux films disparaît très rapidement, tant l'oeuvre de Paul
Verhoeven renvoie celle de son confrère au rang de petite bluette
superficielle. On ne sait trop quelle qualité porter au pinacle, tant
l'équilibre et la transcendance se manifestent dans tous les aspects de
la création. A travers le destin hors normes d'une femme ordinaire,
l'histoire visite, avec une inspiration emplie de gravité et d'émotion
authentique, la barbarie nazie, la rédemption par l'amour, la bassesse humaine, le
double-jeu, l'interpénétration permanente de l'ombre et de la
lumière, le miroir des apparences, et tout cela dans une construction
dramatique haletante, excitante, bouleversante de la première à la
dernière minute. L'oeuvre n'est pas tour à tour un film d'espionnage,
de guerre, de passion, de suspense, de tragédie humaine. Elle intègre
à chaque instant toutes ces composantes à la fois, portées, qui plus
est, par des acteurs peu connus, qui donnent une crédibilité totale à
ces événements inspirés de faits réels. Grâce à un jeu d'une
subtilité rare, Carice van Houten habite son personnage avec une
intensité permanente, tout en se montrant d'une sobriété extrême.
Délaissant les mutants futuristes de l'excellent thriller "Total
Recall" et les bestiasses ridicules de "Starship
Troopers", Verhoeven nous offre une fresque troublante, sauvage,
mais profondément humaine de l'une des périodes les plus sombres de
l'histoire. Inoubliable.