2019. Los Angeles. Des robots ultra
perfectionnés, appelés "répliquants", identiques à des êtres humains,
ont été créés depuis quelques années pour travailler dans les stations
de l'espace. A la suite d'une rébellion meurtrière, une suppression de
ces personnages a été ordonnée. Mais cinq d'entre eux, de la série
ultra performante Nexus 6, sont parvenus à regagner la Terre, dirigés
par Roy Batty (Rutger Hauer). Rick Deckard (Harrison Ford) est chargé
de poursuivre les fugitifs et de les "retirer" de la circulation. Il
fait la connaissance de la belle Rachel (Sean Young), employée par la
Tyrell Corporation, créatrice des robots...
Sur le plan strictement formel, "Blade runner" est une incontestable
réussite. Du début à la fin, une atmosphère de fin du monde,
crépusculaire, noyée par une pluie permanente, des buildings dont la
masse indistincte évoque un après-cataclysme, une ville qui paraît
phagocytée par des personnages hors du temps, monstrueux ou menaçants,
une omniprésence de sons agressifs ou désespérés, mélanges de plaintes
et de bruits hostiles, des véhicules futuristes côtoyant les cycles
d'un passé englouti, tout cela donne naissance à un vérisme qui n'est
pas loin de provoquer la nausée. Rarement film d'anticipation a réussi
le pari d'immerger le spectateur de manière aussi envoûtante dans ce
qui pourrait être un de nos lendemains. Le soleil a disparu,
l'électricité semble à peu près totalement absente. Cette pénombre
cauchemardesque n'est traversée fugitivement que par quelques lueurs
blanchâtres ou bleutées et par le scintillement de rares néons
rougeâtres. C'est carrément oppressant et fétide !
En revanche, j'avoue n'être guère passionné par le thème et le
traitement narratif de cette chasse aux répliquants, éprouver bien de
la difficulté à participer émotionnellement à cette errance dans un
néant futuriste où les sentiments semblent avoir disparu de la race
humaine pour, paradoxe intéressant, réapparaître dans les êtres qui,
justement, étaient conçus pour ne jamais éprouver ce type de vibration
perturbante. Même si un symbolisme permanent baigne cette aventure a
priori basique, même s'il est possible de s'abîmer en réflexions sur
les thèmes de la mort, de la mémoire, de la peur, de la filiation, qui
imprègnent le drame de Roy et de ses compagnons, tout cela me semble
très lointain, beaucoup trop noyé dans une brume tant matérielle que
conceptuelle pour atteindre ma sensibilité, et à la limite de
l'inintérêt. Demeurent quelques rares moments poétiques où brille
particulièrement la scène muette entre Rick et la merveilleuse Rachel,
bercée par la musique ensorcelante et magique de Vangelis.
Une grande oeuvre crépusculaire, mais qui ne me touche guère. Et puis,
tout de même, une fort mauvaise nouvelle : en 2019, "Coca Cola" sévit
toujours...