Le tout jeune Mike S. Blueberry (Hugh O'Conor) est amené chez son
oncle (Tchéky Karyo), près de Palamito. Il se rend en cachette au
bordel et passe la nuit avec la charmante Madeleine (Vahina
Giocante). Mais le violent Wallace Sebastian Blount (Michael Madsen)
survient. Mike, grièvement blessé, réussit à s'enfuir, tandis que
la jeune femme est tuée. Des années ont passé. Blueberry (Vincent
Cassel), sauvé et partiellement initié par l'Indien Runi (Temuera
Morrison), est devenu adjoint du shérif Rolling Star (Ernest
Borgnine). Il apprend que Blount est de retour, en quête des
montagnes sacrées et du pouvoir qu'elles recèlent...
Désireux
de faire un film sur le thème de l'expérience mystique, le
réalisateur a vécu, guidé par des chamans, une expérience de
mondes parallèles. Ce n'est qu'ensuite qu'il a choisi le western et
le personnage de Blueberry pour incarner son ressenti. Cette
initiative est, en théorie, passionnante pour tout "chercheur
spirituel". En pratique, évidemment, la transcription du vécu,
la "livraison" des sensations, des visions, ne peuvent que
poser problème. Car, s'il est un domaine qui est, par son essence
même, intransmissible, c'est bien celui de l'univers situé hors de
nos perceptions fondées sur cinq sens, aux plages vibratoires
particulièrement restreintes. Supposons un instant qu'une personne
n'a jamais quitté son village, au pied de la montagne. Arrive un
voyageur qui désire lui expliquer, lui faire ressentir ce qu'est la
vue d'un océan en furie. Sa difficulté sera immense. Il lui faudra
inspirer la conception, par l'esprit de son interlocuteur, de milliers
de ruisseaux montagnards mélangés, pour donner une infime idée de
ce dont il parle. Et pourtant, l'eau est partie intégrante de notre
univers, bien connue de tous, accessible à la vue, au toucher, au
goût. Alors, imaginons qu'un être ayant perçu un monde qui n'a plus
rien de "physique", veuille transmettre son expérience. Il
sera dans l'incapacité totale de le faire, car même les mots ne lui
seront plus d'aucun secours. Tout simplement parce qu'ils sont conçus
uniquement pour décrire ce qui nous est intelligible en état de
conscience objective.
Là est de toute évidence l'écueil d'une telle oeuvre. Si l'on s'en
tient à l'aspect western basique, on ne peut qu'être déçu.
L'histoire n'a rien de captivant ou d'original, les personnages sont
tous (excepté, à l'extrême rigueur Maria Sullivan (Juliette Lewis)
dont le rôle n'est pas vraiment majeur) parfaitement antipathiques ou
rebutants, le traitement cinématographique, froid, lent, fait que
l'on se contrefiche rapidement de ce qui peut survenir à ce Blueberry
spectral (qui, notons-le, sourit tout de même pour la première fois
à la 108ème minute...), et le final est inexistant. Si l'on regarde
l'aspect initiatique, ce n'est pas beaucoup plus enthousiasmant. Sans
doute ce qui est présenté sur l'écran évoque-t-il quelque chose
pour Jan Kounen, mais pour le spectateur lambda, qui n'a pas effectué
une telle plongée dans "l'autre monde", toutes les visions
grouillantes, les milliers de lignes ou de choses répugnantes qui
s'agitent, les kilomètres de serpents, de mille-pattes, de
scolopendres, ainsi que toute une kyrielle d'images numériques (dont
quelques unes, trop rares, évoquent de superbes fractales), ne
représentent qu'un joujou abstrait, stérile, qui ne rencontre aucune
résonance intérieure, vide de sens et, à force, plus que lassant.
Sans compter que si c'est ça "l'autre monde", ce n'est pas
vraiment encourageant ! Il est assez compréhensible que le public ait
été passablement dérouté par ce qu'il avait sous les yeux.
Comme le dit Jan Kounen dans l'intéressante conversation avec Bernard
Achour (Les Années Laser, N° 105, page 88), "...le
comble de la sophistication matérielle, qu'il s'agisse de
l'appareillage cinématographique ou des millions d'opérations
informatiques d'où sont nées les visions, n'a eu qu'un seul objectif
: montrer l'invisible, rendre palpable un souffle spirituel...
Malgré certains tâtonnements, il arrivait toujours un moment où les
images produites... débouchaient en moi sur ce
sentiment métaphysique qu'on appelle l'inspiration. Quand
j'éprouvais ce sentiment, je savais alors que ces images étaient
réussies...". Ces deux
mots : "en moi" synthétisent la problématique du film.
Tout comme il est impossible à chacun de nous d'"entrer"
dans le monde inconnu d'un enfant autiste, il nous est tout aussi
irréalisable de pénétrer dans le ressenti individuel de l'artiste.
A moins, peut-être, de suivre le même parcours initiatique... Mais
cela ne peut être qu'une expérience individuelle !
> Le film sur IMDB.com