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" Bon, la Brute, le Truand (Le) ",

( The  Good, the Bad and the Ugly ),        1966,

de : Sergio  Leone,

avec : Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Eli Wallach, Rada Rassimov, John Barta,

Musique : Ennio  Morricone

*******

    

    Dans l'Ouest sauvage, pendant la guerre de Sécession, trois hommes vont se retrouver sur le chemin d'un chargement d'or volé aux troupes : un bandit de grand chemin, Tuco (Eli Wallach) ; un féroce moustachu, qui honore toujours ses contrats, Sentenza (Lee van Cleef) ; un chasseur de primes aussi beau que taciturne et rapide de la gachette, Joe (Clint Eastwood). Question à mille euros : qui survivra ?...

    Après avoir fait ses premières armes de réalisateur dans l'histoire ancienne romancée ("Le Colosse de Rhodes" en 1961, et "Sodome & Gomorrhe" de Robert Aldrich, en 1962), Sergio Leone franchit quelques siècles et se retrouve, pour notre plus grand plaisir, dans l'ouest américain à l'époque héroïque des chasseurs de primes et des pistoleros en tous genres. "Pour une poignée de dollars" (1964) promettait déjà. "Et pour quelques dollars de plus" (1965) confirmait grandement l'innovation stylistique de l'auteur. Mais c'est avec "Le bon, la brute, le truand", que Leone parvient véritablement à imposer un genre profondément original qui verra son apothéose dans "Il était une fois dans l'ouest" (1968). 

    Si la complexité, le foisonnement, l'abondance de rebondissements que recèlent certains scénarios, contribue souvent à l'intérêt ou à la réussite de l'oeuvre, Leone prouve ici magistralement qu'une intrigue squelettique ne nuit pas forcément au résultat ! Loin de là ! A partir d'un canevas ultra simpliste, se déroule devant nos yeux, pendant deux heures dix, une espèce de pantomime jubilatoire entre trois personnages, dont les confrontations multiples s'ornementent de toutes sortes d'habits événementiels et psychologiques : agressivité, ruse, hypocrisie, calcul, bêtise, sadisme, ironie... On pourrait presque se croire, par instants, dans un univers de farce théâtrale, s'il n'y avait pas les giclées de sang et l'intervention régulière de la Camarde...

    Dès l'ouverture du film, la patte du réalisateur éclate dans toute sa majesté originale : une étendue désertique, le sifflement du vent, un village abandonné, un chien qui traverse le cadre, et, bien évidemment, quelques trognes patibulaires, aux trais burinés, filmés en gros plans. Le détail infime au coeur de l'immensité. L'étirement du temps, présent ici par intermittence, atteindra sa pleine expansion dans "Il était une fois dans l'ouest".

    L'homme, sous ses différentes formes, est omniprésent. C'est à peine si une femme apparaît quelques secondes au tout début. Pourtant, malgré l'extrémisme des tempéraments que laisse supposer le titre, les différences entre les trois compères est fort mince. Tous sont attirés par l'or, tous tuent sans états d'âme, et, si Joe semble, par nature, exempt du sadisme de Sentenza, sa "bonté" est néanmoins fort relative. Caractérisées avec une simplicité absolue, une bouffonnerie qui ne sombre jamais dans le pastiche ou le ridicule, et une efficacité de chaque instant, les personnalités se complètent délicieusement. Si Sentenza fait figure de méchant pur et dur, Tuco ("ugly", c'est-à-dire plus "moche" que "truand"), affligé de neurones passablement rouillés, mythomane pittoresque, voire désopilant (sa chevauchée dans le désert avec son ombrelle est inoubliable !), finit, malgré sa bêtise, ou grâce à elle, par générer une certaine sympathie.

    Théâtralisation des rapports, des postures, des affrontements, opposition de personnages logorrhéiques ou taciturnes, rôle primordial des regards qui se montrent, bien souvent, beaucoup plus expressifs que des paroles, tout dans cette approche novatrice (à l'époque) du western classique semble aujourd'hui d'une évidence magistrale. Et quelle musique !

Bernard  Sellier  

  

 

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