Viviane Denvers (Isabelle Adjani) est une
actrice très en vogue dans les années 1935. Elle a pour amant un
ministre, Jean-Etienne Beaufort (Gérard Depardieu). Un soir, elle
appelle en catastrophe un ancien admirateur, Frédéric (Gregori
Dérangère) et lui demande secours pour la débarrasser du cadavre d'un
"gêneur" André Arpel (Nicolas Pignon). Le jeune homme accepte et a la
mauvaise idée d'avoir un accident de voiture avec le cadavre dans le
coffre ! Il est arrêté, mais quelques semaines plus tard, la guerre
étant déclarée, s'évade avec un compagnon, Raoul (Yvan Attal), lors
d'un transfert des prisonniers. Ils fuient à Bordeaux, font la
connaissance en chemin de la jolie Camille (Virginie Ledoyen) qui
accompagne un mystérieux Professeur, Kopolski (Jean Marc Stehlé). Tous,
y compris les membres du gouvernement, se retrouvent à Bordeaux...
Il y a parfois des mystères insondables dans les échecs et les
réussites des oeuvres cinématographiques. Comment un tel film a-t-il pu
passer quasiment inaperçu lors de sa sortie en salles ? Jean-Paul
Rappeneau, soixante et onze ans au compteur, retrouve dans cette
histoire aux ramifications multiples, la verve, le rythme, l'énergie
bouillonnante qui marquent la plupart de ses réussites, depuis "Les
mariés de l'an II" en 1971, jusqu'à "Cyrano
de Bergerac" (1990), en passant par "le Sauvage" en 1975 et
"Tout feu tout flamme" (1982).
Créateur d'un genre à part entière que l'on pourrait qualifier de
"vaudeville dramatique", Rappeneau nous entraîne, au milieu d'une
période de l'histoire française hautement tragique (capitulation, fuite
du gouvernement...), dans un tourbillon de quiproquos, de poursuites,
de diableries, d'aventures héroï-comiques, qui mêle, avec une habileté
diabolique, un entrain permanent, les destins de quelques individus
ordinaires et les premiers pas dans l'engrenage national de personnages
de premier plan (de Gaulle, Pétain).
Dans le cinéma de Rappeneau, les personnages courent toujours beaucoup
! Ils se trouvent, se quittent, se retrouvent dans un va et vient
incessant, virevoltant. Bien sûr, pour un esprit cartésien, logique,
toutes ces coïncidences qui s'amoncellent, se heurtent, peuvent
paraître déroutantes, voire rebutantes. Mais, à partir du moment où
l'esprit accepte cette valse ininterrompue, c'est une véritable
jouissance qui s'empare du spectateur. Il se laisse emporter par cette
ribambelle d'intrigues qui s'interpénètrent savamment, par
cette urgence qui dicte chaque plan, par cette apparente superficialité
narrative qui n'empêche nullement chaque personnage d'exister avec une
belle intensité. De la vamp manipulatrice, excellemment
croquée par Isabelle Adjani, au Ministre opportuniste, en passant par
le jeune admirateur, le truand au grand coeur ou la digne (et combien
ravissante Virginie Ledoyen !) scientifique, tout ce petit monde
s'agite pour notre plus grand bonheur et parvient à combiner
divertissement et période sombre.
Deux heures de vie intense. Un régal enthousiasmant, accompagné, de
plus par une superbe musique !