Lincoln Rhyme (Denzel Washington), brillant
officier de police, auteur de plusieurs traités de criminologie, est
paralysé depuis six ans suite à un accident. Amelia Donaghy (Angelina
Jolie), elle aussi policier, trouve le cadavre enterré d'un homme et
recueille les premiers indices. Etonné de sa perspicacité, Lincoln lui
demande d'enquêter avec lui sur ce qui semble une série de meurtres
commis par un déséquilibré qui sème volontairement des indices. Mais le
capitaine Howard Cheney ne l'entend pas de cette oreille...
Bien entendu, il est impossible de ne pas évoquer "Seven" et les
critiques n'ont pas manqué de faire référence à ce chef d'oeuvre pour
amoindrir la valeur du film de Philip Noyce. Si l'on parvient à faire
abstraction des comparaisons qui seront chaque fois de mise lorsque ce
type de policier paraîtra, il est évident que l'oeuvre de Phillip Noyce
possède d'incontestables qualités. Une intrigue solide qui
maintient sous tension le spectateur, une atmosphère sombre et tendue
(hormis celles qui se déroulent dans l'appartement de Rhyme, il n'y a
pratiquement que des scènes de nuit, de souterrains, de crépuscules, de
pluie ou de brume), une accumulation de détails professionnels qui
éveillent constamment la curiosité et l'angoisse, un aspect sordide et
malsain qui plonge dans les abîmes de la noirceur humaine, certes à la
limite parfois du voyeurisme.
Et il y a surtout le formidable tandem des deux principaux acteurs de
ce drame. Denzel Washington est, à son habitude, foncièrement impliqué
dans ce rôle à la fois passif et profondément vivant. Quant à Angelina
Jolie, elle s'investit avec sensibilité et passion dans un personnage
moulé à sa mesure par le scénario. Assurément l'histoire n'est pas
hautement originale. Le sujet des tueurs en série a désormais des
lettres de "noblesse" si l'on peut dire, depuis "Le silence des agneaux" ou "Seven". Mais l'idée d'avoir
introduit ce personnage de paralytique qui survit pour sa passion et
enquête de son lit à travers les yeux et la voix de son agent est
appréciable. Le principal regret tient sans doute au finale, qui est
bien loin de valoir, il faut le reconnaître, celui du film de
David Fincher. Nous sommes ici bien en deça de cette longue scène
géniale en temps suspendu qui était la grandiose apothéose de
ce chef d'oeuvre. Nous n'avons droit qu'à un assez banal morceau un peu
gore qui, même mené avec efficacité, laisse quelque peu frustré.
Une réalisation tout de même très estimable dans ce genre hyper
pratiqué...