Francis Bergeade (Michel Serrault) tient une petite
entreprise d'accessoires pour WC à Dole. Tout n'est pas vraiment rose
pour lui, étant donné qu'il est affligé d'une femme, Nicole (Sabine
Azema), acariâtre et glaciale, que sa fille, Geraldine (Alexandra
London), fiancée à Remi (Christophe Kourotchkine), a tout d'une
pimbèche, que la grève menace ses ateliers de production, qu'un
contrôle fiscal est en cours, et qu'un malaise vagal l'envoie pour
quelques jours à l'hôpital ! Heureusement, son ami de toujours
Gérard (Eddy Mitchell), est là pour lui prodiguer encouragements et
bons petits gueuletons. Un soir, tandis qu'il regarde une émission
télévisée dans laquelle sont recherchés des disparus, il a la
stupéfaction de voir sa photo apparaître ! Il s'agit en fait d'un
sosie, Michel Thivart, disparu depuis 1968, et recherché par sa femme
Dolores (Carmen Maura) et ses deux filles, Sylvie et Françoise, alias
Zig (Guilaine Londez) et Puce (Virginie Darmon)...
Après "Tatie Danielle" et sa méchanceté foncière,
Etienne Chatiliez nous gratifie un conte mi-noir, mi-blanc. Tout
commence dans le sombre, avec un pauvre Michel Serrault écrasé par
ses deux "pétasses", englué dans ses malheurs de patron
écartelé entre le fisc, les banques et des ouvrières CGT, dont le
seul rayon de soleil réside dans les soirées gastronomiques qu'il
partage avec son ami Gégé. Dans la seconde partie, c'est le rose
bonbon qui prédomine, que ce soit du côté de Francis-Michel, qui
trouve, dans le retour à la nature, loin de ses deux femelles, une
joie de vivre qu'il n'avait jamais connue, ou du côté de Nicole,
qui, grâce à un efficace "débouchage des écoutilles",
découvre un chemin festif vers les plaisirs inconnus. Le scénario,
relativement original et générateur de contraste jouissif entre la
famille-cauchemar et la famille-épanouissement, finit par piétiner
quelque peu au bout d'une heure. En fait, le grand intérêt du film
et l'agrément qui en jaillit, naissent principalement d'une
distribution particulièrement jubilatoire. Entre un Michel Serrault
au meilleur de sa forme, et un Eddy Mitchell qui se régale de sa
vulgarité débonnaire, Sabine Azema nous offre un personnage de
psycho-rigide évolutive absolument délicieux, tandis que Carmen
Maura brille avec discrétion dans son rôle tendre et délicieusement
perfide. Le réalisateur met de côté, pour un temps, son
agressivité pour célébrer, non sans un brin de sournoisie, la
poésie champêtre. Ce n'est pas d'une profondeur abyssale, mais c'est
fort récréatif et parfaitement joué.